Agbéyomé Kodjo, ex-PM du Togo : Notre Constitution a été martyrisée par le père et bidouillée par le fils


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Agbéyomé Kodjo, ex-PM du Togo : Notre Constitution a été martyrisée par le père et bidouillée par le fils
Son verbe est toujours aussi haut et le ton vindicatif. Rencontré au palais royal de Rabat, où il était venu assister à la remise du prix de la Francophonie économique 2005, Gabriel Mensah Agbéyomé Kodjo, ancien Premier ministre d’Eyadéma, revient, un mois et demi après le premier entretien qu’il a accordé à L’Observateur (cf. n°6327 du mardi 8 février 2005), sur la transition démocratique dans son pays.
quel titre êtes-vous aujourd’hui au palais royal de Rabat ?
• Je suis le président du Groupe Afrique du Forum francophone des affaires (FFA) et j’assure également la vice-présidence du Bureau international. Et c’est à ce titre que les organisateurs m’ont envoyé une invitation nonobstant la période assez sensible dans la mesure où, en principe, nous entamons chez moi au Togo la dernière ligne droite pour le dépôt des candidatures à la présidentielle. Je ne me suis pas encore prononcé, mais il y a beaucoup de tractations en ce moment.
Depuis votre démission avec fracas, le 27 juin 2002, du Premier ministère et votre exil, à quoi vous occupez-vous à Paris ?
• Beaucoup de lobbying pour expliquer la situation qui prévaut au Togo. Quand nous dénoncions le caractère pervers et autocratique du pouvoir, on a estimé à un moment donné que nous étions devenus fous. Fort heureusement, le double événement du 5 février nous a parfaitement donné raison, et je pense que maintenant il y a une meilleure lecture du message que depuis 3 ans nous portons en Europe et aux Etats-Unis.
Quelque part, vous êtes aussi comptable de cette situation puisque vous avez géré le pouvoir avec Eyadéma, dont vous avez même été un Premier ministre. Vous ne vous sentez pas une part de responsabilité ?
• Pas du tout. J’ai, il est vrai, été ministre de la Jeunesse, des Sports et de la Culture du temps du parti unique. Puis vint la conférence nationale souveraine. J’ai alors assumé les fonctions de ministre de l’Intérieur avant que la Constitution ne soit martyrisée par le père et bidouillée par le fils, ce dont vous voyez les conséquences.
En fait, c’est à partir de l’Assemblée nationale que j’ai commencé à prendre la mesure du caractère pervers du système, qu’il fallait aider le chef à corriger, en faisant en sorte que la politique que nous conduisions épouse l’ère du temps.
Les réformes, je les ai engagées à l’Assemblée, et on m’a ramené au gouvernement. Là, j’ai fait adopter mon programme par le Parlement, et je pensais qu’on allait me laisser conduire tranquillement ces réformes-là pour offrir une porte de sortie honorable à Eyadéma.
Vous savez, quand on a servi un chef, il faut être fier de s’en réclamer. Mais aujourd’hui, cet héritage-là est encombrant. Nous avons voulu corriger le système de l’intérieur, mais Eyadéma n’en a pas voulu. Les conséquences sont là aujourd’hui : quel Togolais peut vous dire qu’il est fier de l’image que projette le Togo sur la scène internationale ?
Néanmoins, les choses ont beaucoup évolué à Lomé depuis votre dernier entretien accordé au téléphone, depuis Paris, à L’Observateur. Comment appréciez-vous cette évolution ?
• C’est une évolution en trompe-l’œil parce que la réalité du pouvoir est détenue par Faure. Le président intérimaire, vous en entendez parler ? Non ! Eh bien, c’est parce qu’il n’est président que de nom, le vrai pouvoir étant entre les mains de Faure Gnassingbé.
Face aux multiples pressions, Faure a quand même lâché le morceau qu’il avait indûment pris.
• Nous rendons hommage à la communauté internationale, aux chefs d’Etat de la sous-région qui ont exercé toutes sortes de pressions pour le retour à la légalité constitutionnelle. Même si elle est factice, il n’en demeure pas moins que c’est un progrès. Mais c’est vraiment dans les jours à venir, d’ici un mois, que nous verrons plus clair dans la situation qui prévaut au Togo. Mais pour le moment, elle est source de beaucoup d’angoisses et d’inquiétudes pour les Togolais et les amis du Togo.
Quand allez-vous rentrer au Togo ?
• J’ai été reçu il n’y a pas longtemps par le président Omar Bongo Ondimba pour régler un certain nombre de problèmes liés à ma sécurité. Le retour au Togo ne pose pas de problème, mais je connais l’instrumentalisation de la violence pour des règlements de comptes politiques.
Bongo étant le doyen des chefs d’Etat africains, j’ai demandé qu’il puisse parrainer ce retour en incitant les autorités de Lomé, les réelles comme les supposées, à prendre un certain nombre de mesures pour assurer ma sécurité physique. Comme interlocuteur, nous n’avons d’ailleurs pas eu Abass Bonfoh, mais Faure Gnassingbé.
Que pensez-vous de Bob Akitani, le candidat unique de l’opposition dite radicale ?
• Je n’ai pas de jugement de valeur à faire sur le candidat en lui-même. Mais je pense que mon pays a besoin de respirer, de changer d’air. Vous savez, nous aurions pu faire confiance, sans confession, à Faure ; mais tel qu’il a commencé, nous doutons qu’il ait vraiment des sentiments de renouveau.
Le candidat unique Akitani peut-il, à votre avis, être le bon cheval de l’opposition face à Faure ?
• Il fait déjà le poids. Vous avez vu Gilchrist Olympio rentrer hier (samedi 19 mars ; NDLR) à Lomé, et la marée humaine qui l’a accueilli. Tous, on est mobilisé et on veut le changement.
Etes-vous personnellement tenté par une candidature ?
• C’est possible.
Quand allez-vous vous décider ?
• Vous verrez dans les jours à venir. C’est possible...
Quelle appréciation portez-vous sur la position du Burkina, jugée favorable à Faure ?
• Je connais le peuple burkinabè, je connais le président Blaise Compaoré, qui n’ignore pas la souffrance du peuple togolais. Je comprends aussi la position du président du Faso, mais je puis vous assurer qu’il est du côté de ses frères togolais. Il apprécie de manière objective ce qui se passe chez nous et ne prend pas partie.
Entretien réalisé à Rabat ce 25 Mars 2005 par Ousséni Ilboudo L’Observateur paalga
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