Après les Evala, la troisième mi-temps se poursuit, avec son cortège de dégâts. C’est encore l’argent facile de Faure Gnassingbé qui est au centre d’importantes destructions de biens et de déchirements sociaux à Kara.

Selon des informations, les domiciles de Wella Hèyou, chef canton de Landa et du préfet du Golfe, Awaté Hodabalo, originaire de la localité, ont été saccagés la semaine dernière par les jeunes dudit canton. Au cœur du mécontentement, la gestion d’une enveloppe laissée par Faure Gnassingbé lors de son passage aux Evala.

Cette forme de gouvernance dont les Gnassingbé ont le secret et qui consiste à balancer, comme à des affamés, quelques billets de banque, vient encore de démontrer ses effets pernicieux. Si des jeunes n’ont pas réclamé bruyamment leur part des millions déposés par Faure Gnassingbé, cet aspect de la « troisième mi-temps » des Evala passerait inaperçu. Et puisque l’affaire est désormais au-devant de l’actualité, parlons-en !

Cela fait des dizaines d’années qu’on organise les Evala avec faste. Dieu seul sait combien de centaines de millions sont dilapidées chaque année dans et autour des Evala. Responsables d’institutions, membres du gouvernement, directeurs centraux, directeur de sociétés d’Etat, se mobilisent chaque année en début des vacances pour aller se livrer à une véritable débauche financière à Kara. Certaines représentations diplomatiques se voient obligées, elles aussi, d’y participer et d’y mettre des moyens financiers. Les importants flots de liquidité pendant les Evala ne laissent pas indifférentes les sociétés commerciales privées qui se ruent elles aussi à Kara pour prendre leur part.

Des centaines de millions sont ainsi dépensées chaque année à Kara. Et pourtant, la vie n’est toujours pas plus rose qu’à Bè (où il n’existait pas une pareille fête) ou dans d’autres localités du pays où les fêtes ne mobilisent pas autant de monde. Au contraire, dès que les moteurs des 4x4 reprennent la descente sur Lomé, la vie semble s’arrêter dans cette partie du Togo. En attendant les prochains Evala, la misère redéploie ses ailes sur cette ville dont certains fils sont aux commandes du pays depuis un demi-siècle.

Si on fait un calcul rapide avec les chiffres de 15 millions avancés par la presse, on peut aisément se rendre compte que près de deux cent millions ont ainsi été distribués à tous les cantons de Kara dans la seule semaine dernière. Si on y ajoute le budget de l’organisation des luttes, et les budgets parallèles, on peut imaginer le niveau de la débauche. Rapporté au nombre d’années depuis le démarrage de ces fastueuses célébrations, le scandale prend toute son ampleur.

Aujourd’hui, à Kara, la morgue du CHU est en panne. Pas de scanner. Tous ceux qui ont besoin de scanner ont le choix, soit de traverser la frontière à l’Est pour aller dans le Bénin, soit dévaler 400 kilomètres pour se rendre à Lomé. Et ce ne sont que quelques exemples. Il est inconcevable que la région de la Kara continue de manquer de certaines structures de base, alors même que chaque année, on vient dilapider l’équivalent du budget d’un hôpital moderne entier ou de toute une université. D’ailleurs, il faut le savoir, si plusieurs ONG ou missions diplomatiques préfèrent investir dans les autres régions, et se contenter de quelques actions de saupoudrage dans la Kara, principalement dans la Kozah, c’est parce qu’elles estiment que cette localité n’a plus vraiment besoin d’aide. Mais Dieu seul sait que, fini les élections et les Evala, la population est abandonnée à la même misère que celle des autres localités. Et parfois même pire.

En réalité, lorsqu’on se met à répartir 15 millions par la taille de la population de tout un canton, ce qui revient à une seule personne ne vaut pas plus que quelques tours chez la vendeuse de la bière de mil locale accompagnée de quelques morceaux de viande. Une fois cet argent dépensé, le jeune se retrouve avec ses soucis quotidiens et toujours dans la même situation de « mendiant ». Rien finalement comme impact sur le quotidien dudit jeune, et par ricochet sur toute la population. Si à Landa ou ailleurs à Kara, les jeunes ont été si violents dans leur réclamation, c’est en fonction de leur dénuement, de leur détresse sociale. Et leur réaction est une manifestation de l’instinct de survie.

Si justement des jeunes togolais en sont encore à quémander des « magnanimités présidentielles » pour espérer vivre mieux, c’est la conséquence d’une politique désastreuse du clan qui dirige le pays et qui, pendant qu’il s’embourgeoise de jour en jour, contraint la majorité faite de jeunes à une vie pernicieuse de mendicité sans fin.

Dans l’absolu, on ne peut jamais développer une localité en y balançant des millions ou des milliards d’origine obscure, sans un plan rigoureux de développement holistique. Un plan, bien loin des distractions publiques mises en scène par une certaine Victoire Tomegah-Dogbé. Ce n’est donc pas une surprise que Kara, malgré les milliards engloutis dans l’organisation des Evala, ne connaisse pas un meilleur sort que les autres localités du pays.

Tant que les ressources publiques resteront prises en otage par une minorité qui attend que les autres citoyens, comme des « bouffons », viennent se produire en spectacle devant eux avant qu’elle ne lâche quelques millions, il faudra s’attendre aux genres de tensions qui ont provoqué des dégâts dans les maisons d’Awaté Hodabalo, et du chef canton, considérés par les manifestants comme tentant de confisquer leur bonheur. Ainsi, il faut le comprendre, la misère et ses conséquences n’épargnent plus personne, ni aucune localité au Togo

L'ALTERNATIVE


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