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Home Afrique Commémoration des 50 ans des indépendances africaines : Les non-dits de la « célébration concertée » proposée par Paris
Commémoration des 50 ans des indépendances africaines : Les non-dits de la « célébration concertée » proposée par Paris PDF Imprimer Envoyer
Écrit par La redaction   
Jeudi, 03 Décembre 2009 06:09

L’année prochaine, 14 pays d’Afrique occidentale et centrale vont commémorer les 50 ans de leurs indépendances. Ces Etats partagent la particularité d’avoir tous été des anciennes colonies de la France. Devant l’inaction légendaire des chefs d’Etat de ces pays africains vis-à-vis de cette commémoration, Paris a une nouvelle fois décidé d’en prendre les devants. Envers et contre une énième fois les intérêts des pays africains ayant en partage la langue de Victor Hugo.

 

Le maître d’ouvrage du nouveau chantier de l’Elysée ouvert au détriment de ses anciennes colonies en Afrique a pour nom Jacques Toubon, homme politique français âgé de 68 ans et né à Nice (France) ; une caricature parfaite de la « chiraquie ». M. Toubon n’est pas un novice dans le monde des relations officielles et officieuses qu’entretient Paris avec les capitales africaines, et plus particulièrement celles qui sont francophones. Depuis le 25 février 2005, il assure la présidence du groupement d’intérêt public de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. Mieux, il s’est vu confier en juin dernier, par le président Nicolas Sarkozy, « la mission de préparer et d’assurer la mise en œuvre d’une initiative «2010 – Année de l’Afrique» ». Cette initiative vise officiellement à initier une « célébration concertée » des cinquante ans d’accession à la souveraineté internationale de 14 colonies françaises d’Afrique qui s’érigeront plusieurs décennies plus tard en de véritables Républiques bananières ! Cette « célébration concertée » a très précisément pour finalité « l’harmonisation de la commémoration du cinquantenaire des anciennes colonies françaises d’Afrique et des stratégies à mettre en œuvre pour consolider la coopération avec elles ». Nouvelle insulte de la France à l’intelligence de ces pays du continent noir censés être « indépendants » ou réel début de la matérialisation de la « nouvelle ère qu’a promise d’inaugurer » avec l’Afrique Nicolas Sarkozy en accédant à la magistrature suprême de l’Hexagone en mai 2007 ? Les termes employés pour donner corps à cette énième initiative française à l’endroit de l’Afrique parlent d’eux-mêmes : « célébration concertée » et « consolidation de la coopération ». L’on est tenté a priori, pour une fois, d’accorder du crédit à cette démarche de l’Elysée en direction d’une partie du continent le plus pauvre de la planète ; une démarche qui serait en d’autres termes désintéressée. 

Cependant, comment peut-on partager cet optimisme quand Jacques Toubon, à la faveur d’une tournée dans les pays africains pour convaincre du bien-fondé de l’initiative qu’il coordonne, déclare à l’étape togolaise le 13 novembre dernier : « Les anciennes colonies françaises d’Afrique sont devenues indépendantes grâce aux mouvements de décolonisation décidés par le général de Gaulle ». Autrement dit, aux dires de cet ancien ministre de la Culture du gouvernement Édouard Balladur, l’indépendance des 14 ex-possessions coloniales africaines de l’Hexagone a été un cadeau de la France à l’Afrique. Un peu comme si les différents monuments existant dans diverses villes de ces Etats d’Afrique et dédiés à la mémoire des martyrs des luttes acharnées pour l’accession à la souveraineté internationale ne sont que de grotesques créations, des œuvres architecturales sans aucune âme. Il en serait de même, dans cet ordre d’idées, des douloureux témoignages de survivants d’Afrique noire francophone de l’époque coloniale. D’ailleurs, le fait que les indépendances de ces anciennes colonies françaises citées en supra aient été acquises à différentes dates montre à satiété que les luttes anti-coloniales ne furent pas de même acabit dans l’«ancien empire» français en Afrique. Vouloir donc harmoniser la commémoration du cinquantenaire des « indépendances africaines» équivaut à demander à des Juifs d’uniformiser la célébration de l’Holocauste d’Auschwitz, de Dachau ou encore de Bergen-Belsen !!! Le passé colonial en Afrique a été dessiné par une seule et unique métropole, mais le vécu colonial sur le continent noir est assez varié. Il s’intègre douloureusement dans l’histoire culturelle de chacune de ces ex-possessions coloniales françaises et en fait leur originalité. L’ancien ministre de la Justice de 1995 à 1997 dans les gouvernements Juppé 1 et 2 qu’est Jacques Toubon ne déclarait-il pas lui-même, le 9 octobre 1993 à Amiens (France), dans un discours-programme,  que : « Il n’y a pas en France de culture d’État, et il n’y en aura pas, et je m’efforcerai toujours d’empêcher qu’au nom de l’État, l’on tente d’imposer une certaine culture. L’État, sous toutes ses formes, est au service des citoyens. La culture que nous avons à encourager, à promouvoir, à faire renaître, est une culture qui fait de l’homme un citoyen responsable ».

Dans un tout autre registre, créer une symphonie dans la commémoration du cinquantenaire des « indépendances africaines » entre le bourreau et ses victimes n’équivaudrait-il pas à vider cette célébration de sa quintessence qui devrait être de diagnostiquer les entraves au développement de l’Afrique francophone et de leur apporter des solutions durables ?

« La coopération », objet de toutes les attentions de Paris

A l’étape togolaise de sa tournée africaine, l’homme orchestre du « 2010 – Année de l’Afrique » a également insisté sur le fait que « la France et ses 14 anciennes colonies d’Afrique ont conservé un lien très solide, naturellement fondé sur l’histoire, des faits culturels comme la langue, l’économie, la politique et surtout par la présence des centaines de milliers de compatriotes qui vivent et travaillent sur le sol français ». En tant que président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, M. Toubon aurait pu donner à ses interlocuteurs togolais une idée du sort que Paris entend désormais réserver aux nombreux sans-papiers ressortissants de ses ex-possessions coloniales en Afrique. Des sans-papiers qui ont commis le seul tort d’avoir trouvé refuge en France en refusant de continuer à être les souffre-douleur des dictatures immondes dans leurs pays respectifs d’origine, dictatures que cautionne ouvertement la France par différents canaux. D’ailleurs, l’ex-ministre de la Culture du gouvernement Édouard Balladur ne s’est-il pas lui-même rendu au Congo-Brazzaville cette année lors de l’organisation de l’élection présidentielle, tout en prenant soin d’adresser ses félicitations à Denis Sassou Nguesso pour sa réélection, alors même que ce scrutin a été boycotté par l’opposition et organisé unilatéralement ?

A l’évidence, la « célébration concertée » des « indépendances africaines » dont Jacques Toubon se veut le chantre a des visées intéressées. Au-delà de la pure commémoration, elle veut davantage embastiller la coopération « France-Afrique » dans des relations paternalistes que les deux parties considèrent pourtant comme surannées ; officiellement. Sinon, comment interpréter les propos de M. Toubon qui disent que  « bien que l’année 2010 au Togo sera marquée par le scrutin présidentiel, cela n’empêche pas le Togo de participer comme les anciennes colonies françaises, le 14 juillet 2010, à la célébration de la fête nationale française avec le défilé sur les champs Elysée. C’est ce que souhaite le président Sarkozy ». Sans donner une idée du principal invité togolais à la célébration du 14 juillet 2010, cet homme lige de la « chiraquie » n’a pas voulu afficher sa préférence pour un quelconque candidat à la présidentielle togolaise de l’année prochaine. Mais le fait d’avoir eu à échanger sur cette invitation avec Faure Gnassingbé, actuel locataire de la présidence au Togo en dit déjà long sur ses souhaits intimes.

50 printemps après l’accession à la souveraineté internationale des Etats francophones d’Afrique, ils sont donc toujours la proie des liens paternalistes de leur ex-métropole. A ces pays africains d’être dorénavant sur le qui-vive pour ne pas continuellement se faire manger par l’hydre de la « Françafrique ». Une précaution qui repose implicitement la question de la légitimité et de la souveraineté des présidents de ces anciennes colonies devant leurs peuples… Avec ou sans l’aide de la France. Le Rwanda n’a-t-il pas raison, dans ces conditions, de privilégier le Commonwealth par rapport à la Francophonie ? Encore faut-il que le Commonwealth inocule le virus de « la bonne gouvernance » au régime de Paul Kagamé.

Edem GADEGBEKU
Golfe info

 


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