Présidentielle au Togo: forte participation, l'opposition dénonce des fraudes


Les Togolais ont voté nombreux dimanche pour élire un successeur au général Gnassingbé Eyadéma, décédé en février après 38 ans de pouvoir absolu, dans un climat de tension, l'opposition radicale dénonçant des "fraudes massives" pour porter au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils du président défunt. Faure Gnassingbé, brièvement installé par l'armée à la tête de ce petit pays d'Afrique de l'Ouest à la mort de son père, le 5 février, est soutenu par le Rassemblement du peuple togolais (RPT), l'ex-parti unique au pouvoir. Son principal rival est Emmanuel Bob Akitani, 74 ans, candidat de la coalition de l'opposition, qui avait en vain réclamé un report du vote. Il a affirmé que cette élection, au scrutin majoritaire à un tour, était "très mal engagée" et a dénoncé des "bourrages d'urnes à grande échelle", en appelant la population à assister en masse au dépouillement. "Nous connaissons bien le système du RPT, mais on dirait qu'ils agissent comme si l'impunité était toujours garantie. Mais cela ne sera pas le cas", a déclaré Emmanuel Akitani Bob. Un responsable de l'opposition avait annoncé que les militants descendraient dans les rues en cas de victoire de M. Gnassingbé. "Si comme dans le passé (...) le régime annonce sa victoire, cela va très mal se passer", avait menacé vendredi Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces du changement (UFC), premier parti de l'opposition radicale. Le candidat du RPT, pour sa part, affichait sa sérénité, et s'est exprimé comme un futur président. "Nous avons déjà remporté une première bataille: l'élection a eu lieu au moment prévu par la Constitution", a déclaré M. Gnassingbé, décontracté et vêtu d'une chemisette blanche, après avoir déposé son bulletin au bureau de vote du camp militaire RIT, dans le centre de Lomé, là où le général Eyadéma avait coutume de dormir et de voter. Il a réaffirmé son intention de former un "gouvernement d'union et d'ouverture". "Si (l'opposition) parle de fraude c'est peut-être qu'elle sent déjà qu'elle va perdre", a-t-il dit. "Je ne pense pas qu'il y aura explosion de violence parce que j'ai confiance dans les forces de sécurité". Les forces de sécurité sont restées discrètes près des bureaux, surveillés par des observateurs du RPT et de l'opposition. A la mi-journée, le taux de participation avoisinait les 52%, selon les autorités, qui ont affirmé que "d'une manière générale, tout se passe bien". A Lomé, des habitants ont accusé des militants du RPT d'avoir tenté de bourrer des urnes dans au moins trois bureaux, mais ces incidents n'étaient pas confirmés de source indépendante. A Sokodé (centre), deuxième ville du pays, des électeurs manifestaient leurs craintes. "C'est un virage dangereux et glissant que le pays négocie", a expliqué Salifou Amidou, un retraité septuagénaire. "J'ai voté pour le vrai changement", dit Evariste, 20 ans, à Tsévié (35 km au nord de Lomé). Une octogénaire raconte avoir choisi "celui qui va donner à manger à mes enfants ". L'opposition, dont le leader, Gilchrist Olympio, vit en exil à Paris et ne pouvait pas se présenter, a promis la fin de "l'ancien système", et veut empêcher l'instauration d'une "monarchie". "Faure", 39 ans, s'est présenté comme le candidat de la jeunesse et de la stabilité. Le 25 février, il avait dû se retirer, sous la pression internationale, de la présidence intérimaire, que lui avait "confiée" l'armée dès la mort de son père. Pendant la campagne, des affrontements entre militants du RPT et de l'opposition, armés de gourdins et de machettes, ont fait plusieurs dizaines de blessés. Vendredi, le ministre de l'Intérieur François Esso Boko avait fait encore monter la tension, en réclamant la suspension de l'élection face aux risques de "guerre civile" avant d'être limogé. Dans les années 90, le Togo avait connu une transition démocratique chaotique, qui a fait des centaines de morts. Un troisième candidat était en lice, l'opposant modéré Harry Olympio. L'homme d'affaires Nicolas Lawson (0,21% des voix à la présidentielle en 2003) avait retiré sa candidature samedi. Son retrait étant hors délai, les voix se portant sur lui seront comptabilisées
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