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NEWSCPE OU LE PARFAIT EXEMPLE DE COMMENT NE PAS GOUVERNER - 04/22/06 Ce lundi 10 Avril 2006, la présidence de la république française a annoncé la suspension du CPE (Contrat de Première Embauche); c’était l’épilogue d’un long chapitre digne d’un thriller. Pendant trois mois les jeunes français qui ont organisé la résistance, sont descendus dans la rue paralysant quasiment la capitale parisienne et plusieurs autres villes du pays. Ils ont, ni plus ni moins, réussi l’incroyable exploit de rallier presque tous les syndicats ouvriers et une grande partie du patronat français à leur cause pour exiger le retrait du CPE. On a donc du mal à comprendre l’acharnement du premier ministre Dominique de Villepin à imposer une loi qui suscite un tel tollé général. A mon avis, il y a été poussé pour deux raisons. Primo, la raison pragmatique qui se traduit par un réel désir de reformer l’économie française en résorbant le problème accru du chômage des jeunes. Deuxio, les ambitions présidentielles (même s’il prétend ne pas en avoir) de l’actuel locataire de Matignon et dauphin du vieillissant président Chirac lui ont obstrué la vue. A l’image de son mentor, il s’est complément fourvoyé sur ce que veulent réellement les français. Dans un article titré « La présidence gâchée de Jacques Chirac », l’auteur Jon Henley1 nous rappelle qu’en onze ans Chirac n’a jamais été en phase avec son peuple. La liste des cuisants revers électoraux qu’il a subis est interminable. Plus qu’une simple opposition à une reforme (tant souhaitée) du code du travail, les jeunes français ont défait un système politique qui se moque de l’électorat et gouverne par diktats. Dans le passé, face à des défis extraordinaires, des hommes politiques ont proposé des solutions hardies à leur peuple. C’est cela qui fait les grands hommes. Ce fut le cas pour le président américain Franklin Delano Roosevelt avec son « New Deal » pendant la « grande dépression » de 1932 ou encore celui du premier ministre britannique Winston Churchill qui grâce à sa verve, a su galvaniser la résistance face à la menace nazie d’Hitler. Dominique de Villepin a sans doute voulu suivre l’exemple de ces illustres hommes d’état lorsqu’il lança l’idée du CPE. Son objectif affiché était de réduire considérablement le taux de chômage parmi les jeunes particulièrement les moins de 26 ans, en encourageant les patrons français à engager plus; en contrepartie la période d’essai est étendue à deux ans pendant lesquels le pouvoir de licenciement du patron sur le nouvel employé est absolu. Pour un américain dont la vie professionnelle est une probation permanente, et pour qui un contrat de travail est aussi rare que les cheveux sur la tête d’un chauve, quoi de plus normal ? Mais quand on connaît les lois sur le travail en Europe en général, et en France en particulier, on se rend compte de l’incroyable maladresse du premier ministre. Ne dit-on pas souvent que les français sont réfractaires à toute reforme surtout si celle-ci menace leurs sacro-saints droits ? Au delà de cet échec personnel de Mr. de Villepin, c’est un autre cinglant désaveu populaire de la politique chiraquienne qui consiste à colmater les brèches du navire qui prend l’eau de partout sans vraiment attaquer le mal à la racine. Sous Jacques Chirac la fracture sociale n’a fait que s’aggraver au point de provoquer en Novembre dernier une situation presque insurrectionnelle dans les banlieues de Paris et de plusieurs villes et ce pendant plusieurs semaines. L’épisode du CPE n’a fait que confirmer cette manie des politiques à ignorer royalement des franges entières de la population française en l’occurrence, les jeunes et les immigrants, en ne faisant cas que des intérêts de leur propre camp. Pourquoi ne pas avoir associé les principaux concernés dans les diverses approches de solution au lieu de le faire après la levée de boucliers, et encore de quelle manière ? Condescence et paternalisme sont les mots-clés qui viennent à l’esprit quand on évoque l’invitation quelque peu désinvolte lancée aux jeunes par Dominique de Villepin. Il avait clairement fait entendre qu’il allait de l’avant en dépit de tout et de tous, particulièrement ces jeunes trouble-fêtes qui grognent dans les rues depuis des semaines. Aujourd’hui il doit s’en mordre les doigts car cette crise a réduit ses chances d’être élu président l’année prochaine, à une peau de chagrin au profit de son plus grand rival Nicolas Sarkozy. Ce dernier a su si bien distiller ses effets qu’il apparaît aujourd’hui comme le seul bénéficiaire de cette monumentale déconvenue. La France souffre de beaucoup de maux, tout comme beaucoup de pays d’ailleurs, mais sa plus grande tare c’est qu’elle fait face depuis des années à un cruel déficit d’hommes d’état dignes de ce nom. Elle est la vraie perdante dans ce combat qui oppose les deux mini-titans de la droite. Enfin pour terminer une question : sœur Anne que voyez-vous à l’horizon ? Je vois une loi intitulée « l’accès des jeunes à la vie active en entreprise » qui louvoie, la rue qui guerroie et l’incertitude qui s’accroît. A suivre… Amah Justin d’Almeida 1 Journaliste au quotidien The Guardian,, auteur d’un article intitulé « La présidence gâchée de Jacques Chirac » publié dans son édition du 10 Avril 2006. |