Réconciliation et accord surprise entre pouvoir et opposition togolaise


Abuja (AFP, 25/04/05) - Le chef historique de l'opposition togolaise, Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé, fils du président Gnassingbé Eyadéma ont conclu lundi à Abuja un accord surprise pour former un gouvernement d'union nationale, quel que soit le résultat de la présidentielle de dimanche.

Cette rencontre, sans précédent entre les deux hommes, a été organisée par le président nigérian Olusegun Obasanjo, au lendemain d'un scrutin émaillé de violences, et que l'opposition menaçait de ne pas reconnaître.

L'accord prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale, et une modification de la Constitution pour plus de démocratie.

Image symbolique très forte pour les Togolais, MM. Olympio et Gnassingbé se sont donnés l'accolade après cette annonce.

Gilchrist Olympio est le fils du premier président du Togo, Sylvanus Olympio, tué en 1963 lors d'un coup d'Etat mené par le propre père de Faure Gnassingbé, Gnassingbé Eyadéma, qui avait laissé le pouvoir aux civils.

M. Eyadéma avait conduit un second coup d'Etat, en janvier 1967, pour renverser Nicolas Grunitzky, et prendre cette fois le pouvoir, qu'il exercera de manière absolue pendant 38 ans.

La disparition le 5 février de M. Eyadéma aura ainsi permis ce geste spectaculaire entre les représentants de deux familles opposées par le sang versé et la haine entretenue pendant plus de 40 ans.

"En gardant à l'esprit que lors des 38 dernières années, le gouvernement était incarné par une seule personne, nous avons décidé que celui qui remporterait cette élection, quel qu'il soit, formerait un gouvernement d'union nationale", a annoncé M. Obasanjo, également président en exercice de l'Union africaine (UA).

M. Obasanjo a ajouté que les deux leaders togolais étaient d'accord pour que la Constitution soit modifiée "pour satisfaire à ce que nous appelons la démocratie, les droits humains fondamentaux, la participation populaire et le règne de la loi".

"Monsieur le président, je voudrais vous dire que le Togo traverse des temps difficiles, et ce que je veux, c'est travailler avec tout le monde... C'est pourquoi nous avons décidé de former un gouvernement avec une large représentation nationale", a déclaré Faure Gnassingbé.

"Maintenant, il y a une petite ouverture que nous voulons exploiter", a déclaré de son côté M. Olympio, qui dirige l'Union des forces du changement (UFC), le premier parti d'opposition.

"Nous l'appelons transition, parce que nous allons traverser une période difficile qui va introduire les règles démocratiques, les règles de la loi et du respect des droits de l'Homme", a ajouté M. Olympio, qui ne pouvait pas se présenter à la présidentielle car il vit en exil en France.

M. Olympio ne revenait qu'en coup de vent au Togo, de crainte d'être victime d'un attentat, comme celui qui l'avait visé dans le centre du pays, en 1992.

Selon le président nigérian, le processus de gouvernement d'union nationale sera supervisé par une commission présidée par l'UA, comprenant des représentants des partis togolais, de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), et des ambassadeurs des pays d'Afrique de l'Ouest et centrale accrédités à Lomé.

Cet accord a été conclu avant l'annonce des résultats de la présidentielle de dimanche, à laquelle se présentait Faure Gnassingbé. M. Olympio, écarté du scrutin en raison de sa résidence, restait en fait le vrai chef de l'opposition radicale.

L'accord semblait avoir pris de court les responsables politiques de l'opposition à Lomé, qui ne souhaitaient pas réagir immédiatement.

Le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), dont M. Gnassingbé était le candidat, et la coalition de l'opposition, représentée par Emmanuel Akitani Bob, se sont mutuellement accusés de fraudes et de violences lors du scrutin.

Des violences ont fait un mort, selon les autorités, trois, selon une source diplomatique, et plus de 30 blessés.

Elles s'étaient concentrées dimanche dans les quartiers populaires de Lomé, fiefs traditionnels de l'opposition, notamment à Bè. Lundi, une dizaine de personnes ont encore été blessés, lors de heurts isolés.

Les résultats de la présidentielle ne devraient pas être connus avant au moins mardi, selon un responsable de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni).

Publié le 25/04/05


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