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NewsMondial 2006 : le Togo, un pays qui s’illustre par ses FOOTaises, pour 3 milliards de Francs CFA - 19/07/06Entre un Président de la République qui emprisonne ses compagnons de lutte, un autre qui au mépris des principes élémentaires de la gouvernance politique confie les rennes du pouvoir à son fils, on comprend comment en perdant tous leurs matches, les Eperviers ont donné raison à leur détracteurs qui les prenaient pour une bande d’incompétents obéissant plus au gain facile, qu’au mérite.Mais les Gnassingbé n’ont-ils pas l’exception politique de surprendre la Communauté internationale ? Vendredi 09/05/06, tard dans la nuit, la démission du sélectionneur de l’équipe national du Togo, Les Eperviers, à la World Cup 2006, l’allemand Otto Pfister, et de son adjoint, Piet Hamberg, fait le tour du monde. Le lundi 12, Mr Pfister annonce son retour, à 24h du 1er match de l’équipe togolaise. Le général Gnofame, émissaire de Mr Faure Gnassingbé, chef de l’État par défaut du Togo, jure quant à lui que les Eperviers du Togo ne confieraient pas leur destinée a quelqu’un qui a démissionné de son poste. Toujours est-il que cet entraîneur démissionnaire a retrouvé le banc lors du premier match des Eperviers contre la Corée du Sud, et se sont même payés le luxe de marquer le 1er but. Finalement, à la conférence de presse du 20/06/06, Mr Markus Siegler, directeur de la communication de la FIFA [2], suppléant les dirigeants togolais, confirme avoir effectué un virement de 7 millions de francs suisses à la Fédération Togolaise de Football, FTF, pour débloquer la situation. Cette honte nationale confirme une fois de plus que le Togo, ce petit pays de la côte ouest-africaine, ancienne possession allemande, est une des tares de l’Afrique. 1/ Rappel historique Petit pays ouest africain, le Togo se distingue dans l’Histoire du continent. Le 13 janvier 1963, le Togo s’illustre sur la scène internationale avec l’assassinat de son 1er président, Mr Sylvanus Olympio. Pour la première fois, un président de la république, élu au suffrage universel, est assassiné lors d’un coup d’État par ses propres militaires. L’auteur de ce forfait, Gnassingbé Eyadèma, dirigera le Togo durant 38 ans. Une première au monde. Le 05 février 2005, au décès de Mr Eyadèma, un de ses fils, Gnassingbé Faure s’accapare le pouvoir dans un pays qui n’est pourtant pas une Monarchie. Un autre acte qui aurait pu être inédit, si ce n’était la re édition du précédent des Kabila en République Démocratique du Congo. La même année, l’équipe nationale de football du Togo, les Eperviers, est qualifiée pour la World Cup 2006. L’ensemble du pays communie à travers son équipe nationale, taisant pour une fois, ses divergences. Hélas, à croire que les dieux ont définitivement maudit les togolais, les autorités togolaises manqueront de saisir le rôle politique du football, voire du sport, alors même que toutes les conditions en étaient réunies. L’attaquant togolais recruté en janvier 2006 par le Club anglais Arsenal, Sheyi Adebayor, est meilleur buteur des éliminatoires africains de la World Cup… Miss World Cup 2006, Mlle Badaku, est togolaise. C’est dire combien les augures étaient favorables! Sur le plan africain, le Togo fut un vivier de quelques exceptionnels joueurs du continent: « Dr Kaolo », Hilaire, Anatole, Zonor Ayité dit « Ayité Hot », Tommy Sylvestre, Tobias Aziawonou, Denke Julien alias « Denke Oiseau » … Si aucun de ses joueurs n’a jamais reçu les hommages de son pays, et si aucune structure fiable d’accompagnement des footballeurs n’existe, cela n’empêche que de jeunes joueurs inexpérimentés excellent par leur talent dans les stades européens et africains. Aujourd’hui, en pleine World Cup 2006, à voir les rebondissements spectaculaires des multiples problèmes dans lesquels se dépêtrent Les Eperviers togolais, on ne peut que se poser des questions : les joueurs togolais sont-ils immatures, ou est-ce la FTF qui est incompétente ? 2/ De la FTF au staff des Eperviers, une illustration du mal togolais Il n’est de secret pour personne que les Clubs de football africains sont, pour la plupart, dirigés comme les Etats africains, avec une conjonction d’incompétence, et de manque d’ambition. Définition que le Togo illustre bien à propos. Mieux, les responsables de la FTF, sont le prototype de dirigeants incompétents qui font la honte de toute l’Afrique [3]. Mr Rock Gnassingbé, président de la fédération, est un des fils de l’ancien Chef de l’Etat, feu Gnassingbé Eyadèma et frère de l’actuel. Officier de l’Armée togolaise, fana de foot, devenu adulte, M. Gnassingbé a voulu réaliser une ambition. Il s’oriente alors vers le foot, et, grâce à diverses complicités, débarque au sein de la FTF et en ravit la prime fonction de Président. C’est à croire que les fils de la lignée Gnassingbé ne peuvent « servir » la nation qu’en faisant un hold-up systématique sur la plupart des postes de direction du pays. Autre figure de proue de cette bande, Mr Espoir Komlan Assogbavi, alias « Aspro », pour les intimes, Secrétaire général de la FTF. La présidence et le secrétariat ont adoubé un trésorier Général, Mr Tino Adjete qui ne connaît pas les mouvements financiers de la FTF, tout simplement parce qu’il n’y en a que très peu : la gestion particulière de la FTF est de notoriété publique. Les comptes de cette fédération sont gérés par le Président, et non le Trésorier, les mouvements de fonds s’effectuant entre ses comptes personnels à ECOBANK, et ceux de la FTF, quand ces derniers ne sont pas vides [4]. Dès la qualification des Eperviers pour la World Cup 2006, certains au sein de la FTF ont flairé le filon que constituait cette qualification. Des structures parallèles vont se mettre en place, créées et animées par les membres de la FTF. Avec leurs sbires, ils ont œuvré pour acquérir des billets à leurs proches. Le reste est vendu à prix d’or. Auparavant, les droits d’adhésion aux associations de supporters ont été multipliés par 10 voire 50 dans certains cas. Par contre, concernant les 640 000 € d’indemnités de préparation du Mondial, ainsi que les quelques 5000 billets mis à disposition de chaque fédération nationale par la FIFA, aucune information ne filtre. L’équipement offert gratuitement par le sponsor officiel, PUMA, aux Eperviers disparaît. « On » finira par en retrouver une partie. Quant au staff des Eperviers, il était composé de personnes « qui n’y ont rien à y faire », à la place de spécialistes de football, de médecins, de kinésithérapeutes, et autres. Ce qui a inspiré la réflexion suivante à l’entraîneur : «Il y a 45 personnes dans la délégation et tout le monde doit servir l'équipe. Ce n'était pas l'impression que j'avais, au contraire, je devais tout faire tout seul. S'il y a une leçon à tirer, c'est qu'il ne faut envoyer à la Coupe du monde que des gens qui ont un rôle précis, et qui sont prêts à travailler 24 heures sur 24 pour le bien de l'équipe. On ne peut réussir que comme cela à un tel niveau»[5]. Certains, tant au sein de la FTF, que du staff tenteront de soutirer de l’argent aux joueurs, en leur faisant comprendre qu’ils leur devaient leur sélection dans les Eperviers. Autrement dit, ils réclamaient des pourcentages sur les futures primes des joueurs. Tactique mafieuse de bas étage. Il faut aussi souligner que 9 mois avant la World Cup, la famille Gnassingbé a tenté de faire intégrer un de ses fils, Mey Gnassingbé, au sein des Eperviers, voire de le faire désigner capitaine. Mais le malheureux footeux a vite mis un frein à son rêve, en prétextant des blessures à répétition à Rennes, en France, tout en occultant les raisons de la fin de son hypothétique carrière footbalistique au Racing Club de Paris. Autre acteur de la FTF, Mr Messan Atolou, ancien basketteur amateur. Cet homme après avoir atterri comme « journaliste sportif » à la télévision togolaise, suite aux pistons de ses amis d’Agaza, un Club sportif de Lomé dirigé par les barons du régime togolais, met le cap sur les Eperviers, dont il devient le porte-parole. De toute évidence, il a reçu l’onction du président de la fédération, Rock Gnassingbé. En réalité, il fait fonction de conseiller, de délateur, et d’homme des basses besognes du Président. Enfin, l’inénarrable Mr Dogbatsè Winny, ancien conseiller spécial de Mr Koffigoh, ex premier ministre, fait office de Vice président de cette bande, et avait la charge des consultations occultes pour le compte des Eperviers. Le 1er de cette série de scandales dans le foot togolais éclate en janvier 2006, à quelques jours de la Coupe Africaine des Nations, la CAN, lorsque les joueurs menacent de boycotter les matches si leurs primes ne sont pas versées. Ce signe avant-coureur aurait dû permettre au staff de revoir sa méthode de gestion. Mais au Togo, les habitudes sont tenaces. En faisant éclater un nouveau scandale, à une semaine de l’ouverture de la World Cup 2006, les joueurs semblent avoir décidé de porter sur la place publique l’incurie de leurs dirigeants. Ce qui aurait pu être un simple fait divers va provoquer un grand étonnement dans la communauté du football, et fera du Togo, une nouvelle fois, la risée du monde entier. Ironie du sort, tout cela quasiment un an après que le monde entier ait vu les militaires togolais voler des urnes pour suspendre le décompte des votes en défaveur du régime. Le Président qui fait la honte de la FTF est un des fils du président togolais défunt. Il est aussi le frère de l’autre fils qui a pris le pouvoir en 2005 à la mort de leur père. Que se passe t-il dans ce pays d’à peine 6 millions d’habitants ? La vérité est toute simple. Le Togo est un pays dirigé par une famille, les Gnassingbé. Le Togo est aussi un pays géré comme une propriété privée par la famille Gnassingbé. Le problème de primes mis sur la place publique par les joueurs illustre nos affirmations précédentes. Il est reconnu qu’au-delà de la question des primes, les réels problèmes du football togolais sont : l’incompétence et la médiocrité des dirigeants, le manque de vision à long terme, l’amateurisme, la délation et la prévarication… Les dirigeants ne savent pas encore que le football est devenu une profession qui nécessite une organisation, un investissement et des personnes qualifiées et compétentes. Quelles leçons tireront-ils de leur « aventure » à la World Cup 2006 ? Comment va réagir le gouvernement ? Comment la FTF va gérer les 3 milliards de francs CFA alloués comme primes par la FIFA [6]? 3/ A méconnaître tous les principes élémentaires, on sombre dans la déchéance Les problèmes des équipes africaines à la World Cup sont légendaires. Le Cameroun pourrait écrire un livre à ce propos. Mais le cas du Togo en a fait la risée de toute la planète, et la honte des africains, en confirmant les stéréotypes véhiculés sur les africains : l’indiscipline et l’appât du gain facile. En toute honnêteté, il faut reconnaître que le seul responsable du plus grand « charivari » dans l’histoire de la World Cup est Rock Gnassingbé, le président de la FTF. Mais les Gnassingbé n’ont-ils pas l’exception politique de surprendre la Communauté internationale ? Eriger l’incompétence en exemple est faire preuve d’irresponsabilité. Cette irresponsabilité que nous retrouvons à plusieurs reprises dans les propos du Secrétaire général de la FTF, Mr Assogbavi, qui au lendemain du match Togo/Corée du sud du 13/06/2006, se félicitait de la performance des joueurs en affirmant que ce score honorable est attribuable à la FTF car « nous avons repris la situation en main ». Il récidive après le match Togo/Suisse du 19 juin. Il est surprenant qu’un père de famille félicite son enfant, qui a échoué à un examen, de n’avoir pas été le dernier de la classe. Bel exemple ! Certes, les joueurs ont fait leur travail, jouer. Mais les dirigeants en ont fait des joueurs sans dignité… Comme l’affirme un togolais, "Laisser partir Pfister avant même le premier match, comme l’ont fait nos dirigeants, c’est du jamais vu en 76 ans de Coupe du monde ! Si, comme on nous le dit, le processus de réconciliation est un facteur de développement économique, et si, comme on l’a vu, alors les Eperviers sont un facteur de développement économique. Il faut donc s’en occuper. Mais les dirigeants ne font rien. Encore une fois, on a honte d’être togolais"[7]. Alors mettre la FTF sous tutelle ? Le feuilleton togolais aura inspiré Mr Winfried Schaëfer, ex coach du Cameroun, qui propose qu’« on pourrait imaginer que la FIFA désigne un manager qui s’assure notamment que l’argent ne parte pas dans toutes les directions »[8] . Quoiqu’il en soit, à croire l’agence Reuters, la Commission de discipline de la FIFA a ouvert un dossier sur le cas togolais, et demandera des comptes à la FTF [9]. Dans tous les cas, le Togo est désormais dans le collimateur de la FIFA. Mais nous osons aller plus loin. Entre un Président de la République qui emprisonne ses compagnons de lutte, un autre qui au mépris des principes élémentaires de la gouvernance politique confie les rennes du pouvoir à son fils, on comprend plus facilement la raison pour laquelle la FTF n’a pas eu d’état d’âme à « se débarrasser » de l’entraîneur qui a qualifié l’équipe nationale du Togo à la World Cup 2006, le nigérian Stephen Keshi. Heureusement, les lois de la nature sont immuables. En remerciant en monnaie de singe l’homme qui a fait des miracles pour le Togo, ce pays se ridiculisera. En perdant tous leurs matches, les Eperviers ont donné raison à leur détracteurs qui les prenaient pour une bande d’incompétents obéissant plus au gain facile, qu’au mérite. Mais sur le plan individuel, certains joueurs ont fait un parcours honorable. Quant aux autorités togolaises, ils ont confirmé que le Togo vit et se complait dans ses contradictions, une des clés de ses déboires politiques, socio-économiques, et… sportifs. Houmey Noviti Raymondo S., Juriste-Journaliste (Center for Foreign Journlists – Reston) 1. à notre confrère, John Zodzi, rédacteur en chef au défunt hebdomadaire satirique togolais, Kpakpa Désenchanté (1991-1995). 2. FIFA : Fédération Internationale de Football Association 3. Norman Hubbard , “A disservice to African football?”, http://soccernet.espn.go.com , June 20, 2006 “…They may have also set back the cause of African football by 20 years. Because this is a Togo team that only serves to reinforce every dangerous stereotype of African football; speedy and talented but undisciplined and racked by in-fighting”. 4. Selon le témoignage de Mr K…, le Président de la Fédération, Mr Rock Gnassingbé, faisait transiter les fonds de la FTF sur ses comptes bancaires gérés à ECOBANK par la fille d’un des dignitaires du régime. Aux joueurs, il faisait croire que c’est avec ses propres deniers qu’il faisait fonctionner la Fédération. Les autres dirigeants, ne faisant pas partir du « club de soutien au Président », préféraient se taire. 5. Mr Otto Pfister, cité dans l’article, « Suisse-Togo, réactions d’après match », www.rfi.fr, 19/06/2006 6. La FTF a reçu 7 millions de francs suisses, soit environ 3 milliards de francs CFA de la FIFA, au titre de : 1 million de franc suisse pour la préparation, et les 2 millions par match joué. 7. Laurent Coadic, « A Lomé, chez Kader le buteur », Equipe Magazine, N°1251, 17/06/2006 8. Gérard Dreyfus, « Corée du Sud -Togo: les Eperviers ont agréablement surpris », www.rfi.fr, 13/06/2006 9. Sous le titre “Disciplinary body to open Togo case after finals”, le site internet américain espn.com citant l’agence Reuters, le 23/06/2006, sur http://soccernet.espn.go.com/news/, nous informe que la “FIFA's Disciplinary Committee will examine how the Togolese FA conducted itself at the World Cup finals after a chaotic two week involvement in the tournament, FIFA president Sepp Blatter said on Friday”. Icicemac |
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