Faure Eyadéma tente la carte Kodjo

(Le Figaro 10/06/05) - Faure Gnassingbé a fermé la porte. En nommant mercredi soir Edem Kodjo au poste de premier ministre, le président togolais a repoussé, pour un temps, la perspective d'un gouvernement d'union nationale. Le choix d'Edem Kodjo, 67 ans, n'est pas une surprise. Le nom de ce baron de la politique togolaise, président de Convergence patriotique panafricaine (CPP), qui passe pour le principal responsable de l'opposition modérée, circulait depuis quelques jours à Lomé.

Depuis mardi, la crise politique ouverte par l'élection contestée de Faure à la présidence avait franchi un nouveau cran. Le pouvoir avait alors rejeté «catégoriquement» les propositions soumises par l'opposition radicale, pour la formation d'un gouvernement d'union. La coalition réclamait notamment le poste de premier ministre pour l'un des siens et une véritable cogestion du pays. «La plate-forme revendicative visait à annihiler le pouvoir constitutionnel du président et de l'Assemblée», avait alors affirmé la présidence togolaise. «La nomination de M. Kodjo était la seule solution de Faure pour tenter de sortir de cette impasse. Mais elle ne va rien résoudre», analysait un observateur local.

À peine l'arrivée de Kodjo connue, Jean-Pierre Fabre, le secrétaire général de l'Union des forces de changement (UFC), le principal parti d'opposition radicale, repoussait d'ailleurs «toute possibilité» d'entrer dans le futur gouvernement. «C'est un non-événement. La caverne d'Ali Baba est ouverte et on commence à partager le butin. En fait, c'est un retour à la dictature», a-t-il ajouté. Nul ne nie à Edem Kodjo, énarque et universitaire, ses qualités. Ministre à plusieurs reprises dans les années 70, Kodjo avait fini par rejoindre l'opposition. En 1994, alors que Gnassingbé Eyadéma était contraint au multipartisme, Kodjo avait accepté de servir de chef de gouvernement de la transition démocratique. Mais les ouvertures promises alors étaient restées lettre morte. Les autres opposants n'ont jamais pardonné cette trahison. «Kodjo n'a simplement jamais été contre le pouvoir, tranche Jean-Pierre Fabre. Nous n'avons pas d'autre solution que de continuer la lutte.»

L'opposition radicale compte sur une nouvelle intervention de la communauté internationale pour forcer Faure à rouvrir le dialogue. Mais hier, l'Union africaine (UA), qui a soufflé l'idée d'un gouvernement d'union pour calmer les tensions, n'avait pas réagi. L'instance, principale médiatrice de la crise togolaise, apparaît de plus en plus paralysée par ses divisions internes. Les rivalités ont éclaté au grand jour la semaine dernier. Olusegun Obasanjo, président en exercice de l'UA, avait estimé «nulle et non avenue» la nomination d'un médiateur dans la crise togolaise. Une décision avait été annoncée quelques jours auparavant par le président de Commission de l'Union, le Malien Alpha Oumar Konaré. Depuis lors, l'UA est presque muette. Quant à la France, elle s'est contentée, hier, de «saluer» l'investiture d'Edem Kodjo en espérant «qu'elle aidera à la stabilité».

Publié le10/06/05

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