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FRANCE -
L'Afrique, surtout inquiète du sort qui sera réservé au dossier de l'immigration, observe avec circonspection la course à la présidence en France, qui scellera la fin de l'ère Chirac et de ses "relations privilégiées" avec certains dirigeants du continent.
Le sommet Afrique-France de Cannes, à la mi-février, a permis aux chefs d'Etat africains de faire leurs adieux à Jacques Chirac.
Le président de la République y avait alors donné l'accolade aux dirigeants avec lesquels il a tissé des "liens personnels" souvent décriés, comme le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Tchadien Idriss Deby Itno ou le Congolais Denis Sassou Nguesso.
"Les sommets France-Afrique ne seront plus jamais comme avant", se réjouit le quotidien privé camerounais Mutations, qui dresse un bilan plus que mitigé de la politique africaine de Paris.
Reste à savoir quelle tournure prendront les relations "françafricaines", et, comme le dit Tiégoum Boubeye Maiga, directeur de l'hebdomadaire privé malien La Nouvelle République, "quel sera le président français le plus proche de l'Afrique".
"Avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, c'est la fin d'une époque. Ils vont découvrir l'Afrique et l'Afrique va les découvrir", note-t-il. "L'un comme l'autre ont clairement pris leurs distances avec cette méthode que, manifestement, Chirac emportera avec lui", lui fait écho Mutations.
Toutefois, rien de dit que ces deux favoris agiraient de la même manière vis-à-vis des ex-colonies africaines.
"Si c'est Ségolène, elle va rompre avec les interventions discrètes et unilatérales de la France en Afrique pour donner des gages à la jeunesse qui y est hostile", prédit un ministre centrafricain sous couvert de l'anonymat.
"Si c'est Sarkozy, il affichera sa différence mais fondamentalement rien ne va changer. Il a déjà ses réseaux à pied d'oeuvre de Dakar à Libreville", estime ce ministre d'un pays que l'armée française a récemment aidé à repousser des attaques rebelles.
Les dirigeants penchent donc majoritairement vers le candidat de la droite, qu'ils connaissent souvent mieux. "Depuis que le monde est monde, quel être humain a abhorré les relations interpersonnelles", s'est ainsi récemment agacé le président gabonais Omar Bongo Ondimba, dénonçant des postures "électoralistes".
"Sans doute que Sarkozy, qui est un ami, rectifiera le tir à temps opportun", a assuré le doyen des chefs d'Etat africains, dont la "sagesse bantoue" a été aussitôt saluée par le quotidien gabonais L'Union. Si la campagne est très commentée dans les palais du pouvoir de l'ancien "pré carré", "pour l'instant, les débats ne passionnent pas les foules", constate l'éditorialiste sénégalais Issa Sall.
Selon lui, le gros de la population observe l'actualité européenne surtout à travers le prisme d'un sujet, l'immigration, mais s'intéresse désormais davantage à l'Espagne ou l'Italie, ses nouvelles destinations. S'il fallait néanmoins choisir, "les Sénégalais ont sans doute un peu plus de sympathie pour Ségolène Royal", pense le journaliste.
"L'arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, c'est la fin de l'immigration", renchérit, plus militant, le secrétaire général de l'Association malienne des expulsés, Mamadou Kéita. "Il adoptera des lois très dures contre les étrangers qui veulent aller en France et contre les étrangers qui sont en France".
Or, les Africains peuvent aussi peser sur l'issue du scrutin, écrit le journal marocain Al Ittihad Al Ichtiraki, qui prévient : "La grande surprise (...) sera l'attitude de la jeunesse des banlieues" et des Français issus de l'immigration "qui se sont inscrits en masse sur les listes électorales".
(AFP)
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