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COMMUNIQUE

27/03/07



 

Les devoirs de Campaore et de la communauté internationale  pour espérer débloquer la situation togolaise.

Depuis mardi, Blaise Campaore rencontre les protagonistes de la crise togolaise afin de faciliter la recherche d’un compromis politique durable pour sortir le pays de l’impasse. La tache n’est pas du tout facile pour le doyen des chefs d’États de la région compte tenu de la complexité du problème togolais. Pour espérer aboutir à quelque chose de substantiel et de positif, le Président du Faso ne devrait pas ignorer deux choses essentielles.

1- Se munir d’une bonne analyse de la situation

Blaise Campaore, pour être un  médiateur efficace dans la crise togolaise ne peut pas faire l’économie d’une bonne analyse de cette crise, comme le font certains pour diverses raisons. Nous sommes en effet convaincus qu’en partant d’une fausse analyse, d’une analyse tronquée ou d’un esprit réducteur qui veut que le confit soit présenté uniquement sous un certain angle , on n’arrive à aucune solution ou alors à des solutions biaisées qui conduisent à des impasses. Il convient donc de procéder à une analyse sociale, une «macro-analyse», qui est «un essai de compréhension de  la société comme ensemble et qui peut, seule, offrir les éléments nécessaires pour une analyse en profondeur» et non une «micro-analyse» qui «essaie de comprendre l’expérience immédiate dans son environnement avec les causalités directes». Pour être complète, l’Analyse sociale doit comprendre deux types d’analyse.

- L’Analyse historique qui «replace les situations dans un contexte plus large qui clarifie le passé, montre l’enracinement de l’aujourd’hui et donne des indications quant à l’avenir». Cette approche historique doit se doubler de

- L’Analyse structurelle. Celle-ci est «une analyse systématique de la société, en quelque sorte une coupe transversale de la vie sociale». Elle analyse les institutions, les organisations, les systèmes de pensée. Elle porte sur trois structures:

-la structure économique qui montre comment la société produit ses richesses et les répartit ;

-la structure socio-politique  qui indique les véritables détenteurs du pouvoir et comment celui-ci fonctionne : construction, lois, partis politiques, justice, forces armées, etc. ;

-la structure culturelle et idéologique qui «analyse les valeurs, les convictions et les comportements attendus». Elle montre comment fonctionnent les moyens anciens et modernes de cette culture et de cette idéologie que sont les médias, le système éducatif, les corps religieux et culturels. Cette analyse doit pouvoir identifier la crise,

montrer comment elle  existe et quels sont ses piliers.

Pour être la plus objective possible, cette analyse doit se faire en toute vérité, c’est-à-dire en ne négligeant ou en n’écartant aucun élément. Dans le même temps, elle doit éviter de se laisser manipuler par certains sophismes ou raisonnements manifestement construits pour fausser le débat ou imposer un point de vue qui est loin de la réalité. 

2- Reconnaître ses responsabilités

 Nous sommes tous à des degrés divers responsables de toute situation de conflit par notre action, notre engagement à côté d’une des parties en conflit, notre silence, notre «neutralité». Dans le cas du Togo, les faits démontrent suffisamment que les grandes puissances, la France en tête  et les pays de la région portent - à des degrés divers - une responsabilité dans la crise qui déchire ce pays. On pourrait également évoquer les interventions directes ou indirectes, les attitudes, les prises de position ou les silences d’une certaine communauté internationale. Tout ceci a  parfois envenimé la crise, a conforté les plus forts au nom de «l’idéologie de la force» ou au contraire fragilisé davantage les plus faibles luttant  pacifiquement pour leurs droits élémentaires.

Pour ces pays ou ces hommes, reconnaître leurs responsabilités les rendrait plus crédibles. Sans dédouaner les Togolais qui sont les premiers acteurs, ce «mea culpa» de certains pays ou personnes physiques qui appellent les Togolais  à mettre un terme à  la crise serait un grand atout dans la «médiation» et les grandirait suivant l’adage : «l’autocritique est l’arme des forts».

 Pour terminer, nous disons que le dialogue pour résoudre la crise togolaise doit également et prioritairement, au delà d‘un quelconque gouvernement de transition et d’organisation d’élections législatives, s’enraciner dans une volonté sans faille de mettre sur les rails un nouveau projet de société fondé sur ce que nous appelons communément un État de droit. Ce projet de société devra impérativement mettre en place des nouveaux

mécanismes pour une gestion saine et équitable des instruments modernes du

pouvoir, particulièrement dans les secteurs dits sensibles que sont l’armée et la

sécurité, la justice et l’emploi. Le pardon et la réconciliation nationale suivront naturellement par la volonté du peuple et non par décret présidentiel…. Et aussi longtemps que des réformes structurelles concrètes ne sont pas obtenues à ces niveaux par des projets visibles qui touchent le court, le moyen et le long terme, tout le reste devient simple colmatage qui ne fait que retarder les échéances historiques de correspondance entre la conscience historique des populations et les structures qui doivent porter la société.

En définitive, le dialogue inter-togolais doit aboutir à la mise en place effective d’un nouveau projet de société, un projet de société où chaque citoyen togolais sera acteur de l’histoire de son pays et non la victime du pouvoir, comme cela a été le cas jusqu’aujourd’hui. Et c’est ce que nous attendons de nos négociateurs et de Blaise Campaore.

 

Canada le 10 août 2006


 

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