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Dans un ouvrage publié en 1959, intitulé Histoire du Togo, M. Robert Cornevin (1919-1988), Administrateur en Chef de la France d’Outre-mer, écrivait, je cite : « Le gouvernement du Togo a encore un travail considérable à accomplir pour donner aux peuples divers qui vivent sur son sol une véritable conscience nationale. Chacun des peuples, Akposso, Bassar, Ewé, Kabye, Moba, Tem, etc. vit encore dans son ethnie d’origine ; seuls les habitants des villes commencent à avoir une conscience nationale togolaise… »
Près d’un demi-siècle après, cette analyse est encore d’actualité car le travail à accomplir est toujours aussi considérable.
Les populations togolaises vivent, dans une atmosphère de méfiance, de défiance, de préjugés, de communautarisme, préjudiciables à l’émergence d’une conscience nationale.
Le règne sans partage pendant près de 40 ans du Gal Gnassingbé Eyadema n’a pas facilité l’émergence d’une conscience nationale togolaise. Ni non plus les dérapages de la conférence nationale souveraine de 1990 ayant conduit à la nomination de Me Kokou Koffigoh comme Premier Ministre. Nous connaissons tous la suite.
Le 14 Octobre 2007 prochain, une partie des citoyens Togolais (puisque les Togolais de l’extérieur en sont exclus malgré les promesses et les beaux discours politiques de part et d’autre) est appelée à aller voter. Il s’agira d’élire les députés qui constitueront l’Assemblée Nationale Togolaise. Elu au suffrage universel direct et pour cinq ans, chaque député est représentant de la Nation toute entière.
L’évènement, il y a lieu de le préciser, n’est pas anodin. Cela relève presque du miracle. Nous revenons de loin, de très loin ! Notre pays va pouvoir (enfin, peut-être) se doter d’une institution représentative du peuple. Cette institution devrait contribuer à la consolidation du processus de démocratisation et de développement du Togo.
La paix, la justice, sera-t-elle enfin au rendez-vous après tant et tant d’années de souffrances, de privations, d’exil, de massacres, d’assassinats politiques ?
Je ne reviendrai pas ici sur les péripéties de cette entreprise, ni sur les 22 engagements signés avec l’Union Européenne, ni non plus sur l’accord politique global signé à Lomé le 20 Aout 2006.
A ce stade de la dynamique, il convient dans un souci d’objectivité, de féliciter M. le Premier Ministre de la République, Me Agboyibor pour son courage, son endurance, sa ténacité malgré toutes les difficultés auxquelles il a pu être confronté dans l’exercice de ses fonctions.
Rien ne lui a été épargné dans l’accomplissement de sa mission ; ni la nomination d’un Premier Ministre bis rattaché à la Présidence, ni le peu de moyens mis à sa disposition, ni les moqueries, ni les critiques d’ailleurs.
Notre histoire commune a la chance de changer son cours. Les populations togolaises de toute origine ont l’opportunité de reprendre la vie ensemble qui conduira graduellement à l’édification d’une conscience nationale.
Cependant, et sans verser dans le pessimisme, ni dans la polémique, les nuages s’amoncellent à l’horizon et nos dirigeants politiques ne doivent pas les perdre de vue.
Une Nation s’édifie lentement, autour d’une Constitution, autour d’un projet commun, autour d’un Idéal commun, autour de valeurs de liberté, de justice, de dignité, d’intégrité, de paix, de protection des citoyens, de respects des droits de l’homme et j’en passe.
Des questions essentielles demeurent sans réponses actuellement et devront être mises sur le tapis lors des séances de notre nouvelle assemblée nationale. Sans esprit élusif ni tabou.
- La Question de la loi fondamentale : La constitution de 1992 demeure la loi fondamentale qui a été votée par le peuple togolais souverain ; après les tripatouillages de tout genre qu’elle a subi, il serait temps de trouver une issue sans passions et esprit partisan. Elle doit constituer la base de travail dans la résolution durable de la crise de confiance qui couve. Sur quelle base sera nommé le Premier Ministre, puisque le Président de la République n’est pas obligé de le choisir au sein du parti majoritaire ? Un tel flou est préjudiciable à notre quête de réconciliation nationale.
- La gestion du Port autonome de Lomé où on a l’impression que ce fleuron de l’économie nationale qui devrait profiter à tout le monde est devenu une vache à lait réservée sinon confisquée par une minorité ;
- La question de la santé, du Sida, et de l’appauvrissement généralisé de la population; nos hôpitaux sont devenus des mouroirs. Nos populations subissent de plein fouet les conséquences de cette détérioration, n’ayant pas les moyens comme la plupart de nos dirigeants de venir se faire soigner en Europe;
- La Question des problèmes liés à l’environnement : la pollution de la lagune, la pollution de l’air, le problème des véhicules venus d’ailleurs qui ne sont soumises à aucune réglementation permettant de vérifier leur niveau de pollution, le ramassage et la gestion des problèmes liés aux déchets, les problèmes énergétiques (eau, productions d’électricité …..
- La question de l’Impunité, la réconciliation nationale ; une véritable réconciliation passe nécessairement par le règlement de cette plaie. Bien sûr, avec sagesse et sans une chasse à l’homme. Il ne saurait y avoir de réconciliation sans un règlement de la responsabilité de ceux qui ont massacré des centaines de jeunes togolais. Le sang versé mérite honneur et justice.
- La Nation Togolaise et ses composantes dont l’Armée; l’armée togolaise doit bien sûr retrouver sa place au sein de la nation togolaise et avoir un vrai statut d’armée républicaine au service du peuple.
- La question du fonctionnement des services de l’Etat : Les services de l’Etat sont inefficaces sinon inexistants face aux catastrophes naturelles comme celles qui ont touché le Nord du Togo ces derniers temps. Quelle est le programme des partis politiques pour remédier cette situation ? La question de l’Energie est traitée avec une légèreté déconcertante.
- Et j’ajouterai, la question de l’implication de la Diaspora Togolaise dans le processus de démocratisation de notre pays.
Ces deux dernières semaines de loin ou de près nous avons assisté à la présentation des candidats des partis politiques, mais pas celle des projets politique, économique et social pour le pays. Tout se passe comme s’il suffisait de changer les hommes pour que notre pays retrouve une sérénité et un décollage harmonieux. Alors que l’enjeu est de présenter un projet de société clair, précis et ambitieux pour le Togo.
• Comment rendre la justice plus indépendante, plus efficace et au service de la nation • Comment contrôler l’action gouvernementale et son efficacité ? • Quelle politique pour la santé, l’éducation, la jeunesse et l’environnement ?
Ce sont véritablement les grands enjeux de demain et sans un réel projet pour le Togo, nous courons tout droit vers des illusions déjà perdus.
Je suis heureux d’être un Togolais de la Diaspora, car malgré son immense contribution économique et financière à notre pays, elle est complètement ignorée dans le processus en cours. A dessein ou pas, il faudra tôt ou tard lui donner la place de choix qui est sienne. Nos dirigeants politiques parlent beaucoup, sinon très souvent de la Diaspora. Par contre, personne ne fait rien pour elle… Imaginons un instant le Togo sans les transferts financiers de la diaspora depuis le début de la crise sous le régime Eyadema ! Malgré les divisions, les incompréhensions en son sein, je félicite la Diaspora Togolaise dans son ensemble pour son nationalisme, sa générosité et son amour de la patrie. On peut tout reprocher à la diaspora togolaise, mais pas sa générosité.
L’année dernière (2006), la D.T.F au nom de la diaspora togolaise a initié un concours de poésie, en collaboration avec une association partenaire H.D.C. Ce concours financé à hauteur de 100.000F CFA par la D.T.F a récompensé des lauréats, des élèves, au cours d’une cérémonie à laquelle on notera la présence des représentants du ministère de l’éducation nationale.
Cette année encore, la D.T.F va reconduire ce concours de poésie avec cette fois ci un montant de 200.000F CFA. La D.T.F va également doter le C.E.G de Tokoin Wuiti dans le cadre d’un projet pilote, d’un pool informatique et d’un accès internet. Nous étendrons par la suite et suivant nos moyens ce concours ainsi que les dotations informatiques aux autres collèges et lycées du Togo.
La D.T.F recherche également activement des partenaires de jumelage pour ces collèges.
La diaspora togolaise figure bien noir sur blanc dans l’accord politique global signé par nos dirigeants politiques, et mandat a été donné à M. Le Premier Ministre d’impliquer cette composante de la société togolaise dans le processus. Le code électoral a même été modifié afin que les togolais de l’extérieur puissent se faire recenser et participer aux votes !
L’autre preuve du délaissement de la diaspora est celle relative au décès de notre compatriote FIOKOUNA, retrouvé mort en France dans des circonstances plus que douteuses. Malgré nos tentatives à des niveaux divers pour alerter les autorités togolaises, rien n’a été fait jusqu’à ce jour pour établir la vérité. Comme quoi, en tant que togolais de l’extérieur, on est comme des brebis sans berger au milieu des loups. On peut être en danger ou mourir sans que notre pays ne lève le petit doigt pour nous. Belles perspectives !
Que devront nous attendre dans ce cas là des prochaines élections législatives ? Aucun programme de parti ne fait mention des togolais de l’extérieur. C’est comme si on n’existait pas, on ne compte pas pour notre pays… Belle consécration et bel exemple de gratitude.
L’exception togolaise…
Alors que dans les autres pays, d’Asie, d’Afrique et du Moyen Orient, la diaspora est source et un vivier de compétences et d’initiatives, au Togo, on parle, on parle, on reparle et on ne fait rien pour elle ; Rien…
On assiste à l’investiture des candidats à la députation sans précision du ou des programmes des partis politiques. Face aux enjeux importants qui attendent, quelle est la stratégie des partis pour redonner à la population togolaise espoir et soulagement ?
L’Exception Togolaise en quelque sorte, qui consiste à éluder les problèmes de fond, les sujets essentiels jusqu’à l’affrontement.
La Diaspora Togolaise en France, une composante de la Nation togolais en construction lance un appel à nos dirigeants politiques et militaires. Les populations togolaises méritent un plus grand respect et une réelle prise en compte de leurs besoins. Notre pays mérite la prospérité, la paix sociale, et dispose de moyens pour offrir à ses enfants, à nos jeunes frères et sœurs une espérance, un rêve, un avenir.
Notre devoir n’est pas de distribuer des bons ou des mauvais points, mais de rappeler à nos hommes politiques leurs responsabilités ainsi que les engagements qu’ils ont pris devant le peuple et devant Dieu.
Il est du devoir de cette diaspora de se ressaisir, de sortir de ses complexes et d’adopter une ligne innovante, pragmatique et réaliste. Elle a tout à gagner en acceptant que la démocratie et la pensée unique sont incompatibles. Notre diaspora a besoin d’une présence sur le terrain, aux côtés des populations togolaises et ne doit pas limiter ses actions aux prises de positions politiciennes et aux communiqués.
Le cri que je lance à l’endroit des hommes forts du Togo a pour seul but de redonner espoir à un pays qui est tout de même assez riche, sinon très riche, mais dont les richesses ne sont pas redistribuées avec justice. Nos jeunes frères, nos enfants ont besoin d’espoir.
M. le Président de la République, messieurs les responsables politiques et militaires, nous sommes tous des frères et sœurs. La terre de nos aïeux nous interpelle sans cesse depuis et inlassablement.
Le résultat de toute une vie, de toute une histoire dépend souvent de l’action d’un ou de deux hommes courageux. Alors, après le courage de Me François Boko, je fais appel au courage de M. Faure Gnassingbé.
Dans cent ans, nous serons tous morts et enterrés ! Quel Togo laisserons-nous aux générations futures ? Où seront nos luttes, nos haines, notre force ? Nos faiblesses ? Notre fierté, Nos conquêtes ?
Comment figureront dans l’histoire de cette terre et dans les consciences ? Que dira t’on de de M. François BOKO ? M. Faure Gnassingbé? De Me Yaovi Agboyibor ?
Après les législatives, pour réussir, nos députés doivent avoir le courage de mettre sur la table de discussions, la question fondamentale de la Constitution togolaise sans laquelle aucun processus durable de réconciliation nationale n’est possible.
Afin de rester mobilisés malgré les promesses non tenues par les autorités togolaises, la D.T.F en association avec des partenaires se propose d’organiser une journée du Togo le 14 Octobre prochain. Il sera organisé au cours de cette journée un Vote symbolique des togolais de l’extérieur. Nous aurons une liste de votants, un bureau de vote.
En marge de ce vote symbolique, il y aura des activités culturelles, un orchestre d’artistes togolais de la chanson, une discussion à bâtons rompus. Nous ferons en même temps une collecte de fournitures scolaires au profit des écoles primaires au Togo ; apportez cahiers, bics, cartables et tout autre don.
Nous invitons tous les togolais de bonne volonté, soucieux d’apporter leur contribution au succès de cette initiative de prendre contact avec la DTF.
Que notre Raison, notre amour du Togo, notre Tolérance, notre capacité de pardon servent de base à la naissance d’une nouvelle société togolaise. Nous avons les moyens de triompher de nos peurs, de nos préjugés et de nos craintes.
Que la grâce de Dieu nous accompagne tous dans ce processus.
Vive le Togo, vive la liberté, vive la démocratie au Togo. Vive la Diaspora Togolaise dans son ensemble.
Pour l’association Diaspora Togolaise en France,
Joël VIANA www.dtf-france.com
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