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    Vive tension dans la commémoration de Sankara à Ouagadougou - 13/10/07



      BURKINA FASO - La commémoration du 15 octobre, date d'assassinat de l'ex-président Thomas Sankara et d'accession de son bras droit Blaise Compaoré au pouvoir, se déroule dans une atmosphère tendue qui n'inquiète visiblement pas les populations de la capitale, constate APA sur place jeudi.

    Les sankaristes ont entamé leur commémoration par un symposium international ouvert sous le thème « osons inventer l'avenir », à l'Atelier de théâtre burkinabè. Des centaines de participants venus d'Espagne, de France, de Côte d'Ivoire et du Mali échangent sur les idées de leur idole en rapport avec la réalité actuelle du contient et du monde.

    L'objectif de la rencontre est de « revisiter les idées du capitaine Thomas Isidore Noël Sankara », assassiné le 15 octobre 1987, a indiqué Me Bénéwendé Sankara, l'un des organisateurs. Les défenseurs des idéaux de l'ex-président ont demandé au monde de se rappeler encore des discours de Thomas Sankara à New Delhi, sur le non-alignement, son vote à l'ONU pour l'indépendance de la nouvelle-Calédonie, sa position anti-américaine sur la question palestinienne.

    La veille, Nana Thibaut, fervent défenseur du président défunt, s'est retrouvé dans les rues de Ouagadougou pour diffuser via un haut parleur vissé sur un véhicule, ces discours mémorables. « C'est ma façon de le rendre immortel, Thomas Sankara est un mythe » a-t-il dit. Les activités commémoratives se dérouleront jusqu'au 15 octobre 2007. l

    Les organisateurs prévoient la projection des films « Sankara, l'homme intègre » de Robin Shuffiel, « censuré » lors du dernier festival panafricain de films de Ouagadougou (Fespaco) et « Fratricide au Burkina Faso » de Thuy-Tien Ho ». Des concerts seront animés par des artistes « rebelles » comme le reggeman Sam's K le Jah, les rappeurs Smokey du Burkina et Awadi du Sénégal. En outre, les sankaristes procéderont au dépôt de gerbes au cimetière de Dagnoën, appelé « cimetière des Martyrs » où gisent Thomas Sankara et ses 12 compagnons d'infortune du 15 octobre 1987. L'opposition entre les deux camps a débuté dans la signification à donner à cet événement.

    Tandis que les sankaristes commémorent un « douloureux et tragique » événement, et se concertent pour disposer d'un contenu commun de l'idéal sankariste, les partisans de Blaise Compaoré célèbrent concomitamment les 20 ans de pouvoir de leur leader. Ils estiment que l'avènement du Front populaire, puis de la démocratie, constitue une libération pour le peuple burkinabè. « Le jour de libération nationale est une fête, même s'il y a eu mort d'hommes, se défend Achile Tabsoba, ancien membre du Comité de défense de la révolution (CDR), aujourd'hui député et idéologue du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti présidentiel. Pour ce philosophe de formation, Sankara quoi qu'assumant toujours ses responsabilités, était d'un « audace qui frisait souvent l'aventure » tandis que Compaoré avait dans le même temps, « beaucoup de pondération, de sens de l'observation et d'écoute et d'une capacité de réaction souvent mesurée ».

    Pour l'autre camp, Sankara est un précurseur de l'altermondialisme, un visionnaire qui dénonçait déjà les effets pervers de la dette publique et défendait le développement autocentré du pays du continent. Cette célébration pile et face déplait aux sankaristes pour qui « les agitations » du camp Compaoré sont des manoeuvres pour faire ombrage à leurs activités. Ils se plaignent qu'on leur ait refusé les lieux publics de manifestation, notamment la Maison du peuple et la salle de conférence de la maison des Chargeurs. « Tout autre lieu convenable nous est fermé », déplore Me Sankara. La tension s'est personnalisée lors que le président de l'Assemblée nationale, Roch Marc Christian Kaboré, député du parti au pouvoir a adressé une correspondance à Me Sankara, l'invitant à prendre part au colloque international sur la « démocratie et le développement en Afrique ». Le destinataire très en colère, a rejeté cette invitation, invitant à son tour M. Kaboré à prendre part au symposium qui s'est ouvert aujourd'hui. « Il eût été plus pudique pour la mémoire collective qui a été meurtrie par la boucherie du 15 octobre 1987, que vous commémoriez le retour à une vie constitutionnelle normale » intervenu en 1991 a répondu Me Sankara. Ces accrochages sont restés à l'étape verbale. Les Ouagalais se vaquent à leurs occupations de tous les jours.

    Dans les rues de la capitale, les arbres sont truffés d'affiches d'image de Sankara, contenant le programme de la commémoration. A côté de ces affiches, trônent d'autres, portant l'image de footballeur Pélé et annonçant l'arrivée du président Lula Da Silva du Brésil pour une visite à Compaoré. La chanteuse sud africaine, Mariam Makéba, venue pour la première fois au Burkina sur invitation de Thomas Sankara, joueur de guitare, remet les pieds plus de 20 ans après au pays des Hommes intègres, mais cette fois sur invitation des partisans de Blaise Compaoré, amateur de football.

    Source: APA


     

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