Accalmie à Lomé, mais l'opposition résiste dans son fief de Bè


LOME (AFP, 27/04/05)- Le bulldozer avance lentement dans la rue Padesouza, dans le quartier de Bè, un des fiefs de l'opposition à Lomé. De chaque côté, des militaires, fusils ou matraques au poing avancent, faisant fuir les partisans de l'opposition.

La pelleteuse de l'engin orange repousse les troncs d'arbres et les briques placés au milieu de la route par les manifestants. Ces derniers ne sont pas partis bien loin. A peine les agents de la force publique disparus, ils reviennent et érigent de nouveau leurs barricades.

Alors que la situation s'est plutôt normalisée à Lomé, après 24 heures d'émeutes, il reste des quartiers, comme Bè, où l'opposition veut continuer à tenir tête aux forces de l'ordre, et manifester son refus d'entériner la victoire de Faure Gnassingbé à l'élection présidentielle.

Les blessés continuent d'arriver dans les hôpitaux comme à celui du 3è district de Bè, où deux blessés graves sont chargés dans une ambulance de la Croix Rouge pour être évacués sur le CHU de Tokoin, la principale installation sanitaire de la capitale.

"J'ai pris une balle, j'ai mal. Je ne sais pas pourquoi les militaires nous tirent dessus avec de vraies balles", confie l'un des blessés dans une grimace de souffrance.

A Bè, contrairement à d'autres quartiers fidèles à l'opposition, les manifestants ne sont armés ni de gourdins, ni de machettes, mais juste de quelques pierres. Ils n'affrontent pas directement les forces de sécurité, se bornant à les provoquer.

En revanche, le discours est virulent, d'abord contre le candidat du Rassemblement du peuple togolais (RPT, ancien parti unique au pouvoir), Faure Gnassingbé, fils du général président Gnassingbé Eyadéma qui a dirigé le Togo d'une main de fer pendant 38 ans, et ensuite contre la France qui, selon eux, le soutient.

"Nous, on ne veut plus des Français ici. Vous vous êtes Français? Il faut partir. Tout cela c'est la faute de Chirac", lance l'un des jeunes opposants.

"Il faut comprendre nos jeunes, ils sont excédés. Ils ne veulent pas vivre ce que nous avons vécu avec Eyadéma, 38 ans de dictature, avec son fils Faure", explique un homme d'une quarantaine d'année, ajoutant que "le sentiment anti-français est le résultat de la misère et des frustrations".

Des Français et des Libanais ont été victimes de pillages, et quelques magasins ont également été dévalisés. Mais dans la rue Padesouza, les manifestants sont des habitants du quartier, et aucune porte n'a été fracturée.

"Certains gendarmes sont venus pour nous raisonner, dire qu'ils sont fatigués et qu'ils veulent rentrer chez eux. Mais nous on ira jusqu'au bout", explique l'un des manifestants.

Publié le 27/04/05


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