Lomé en état de siège (AFP, Reuter - 30/04/05)


La tension était, hier, toujours extrêmement vive au Togo, placé pour ainsi dire en état de siège : l'armée quadrille le territoire, les communications avec l'étranger – volontairement restreintes – sont très difficiles et les retransmissions de RFI sont interrompues.


Les journalistes étrangers, pour leur part, ont été accusés par les autorités togolaisesd'être «à l'origine de la déflagration» et «d'avoir sur la conscience les morts dont on parle».


Le bilan des affrontements reste toujours aussi flou. Les rares chiffres avancés font état de 20 à 50 morts, mais ceux-ci pourraient être plus nombreux : de nombreux heurts se sont en effet déroulés dans les régions centrales et méridionales. Plus de 6 000 personnes avaient fui hier le pays, selon le Haut-Commissariat aux Nations unies (HCR).


Dans la nuit de jeudi à vendredi, un nouveau pas dans l'escalade a été franchi avec l'incendie volontaire et criminel de l'Institut Goethe de Lomé. Selon de nombreux témoignages, une douzaine de civils cagoulés, «armés de fusils d'assaut et de grenades», ce qui laisserait entendre qu'il s'agit de militaires, ont d'abord tiré sur le bâtiment avant de pénétrer dans les locaux. Ils s'y sont livrés à de nombreuses dégradations et, à leur départ, ont mis le feu au bâtiment.


Plus de huit mille ouvrages ont été détruits par les flammes, ainsi que la salle de spectacle et un véhicule de l'Institut, a précisé le directeur de l'Institut Herwig Kempf qui a expliqué avoir déjà «reçu des menaces». Cette attaque, a-t-il poursuivi, pourrait être liée à «la situation tendue au Togo et au climat antiallemand (y régnant) depuis quelques jours».


Depuis le début de la semaine, l'ambassade d'Allemagne est la cible des attaques du gouvernement, notamment du nouveau ministre togolais de l'Intérieur, qui l'accuse de soutenir l'opposition.

L'ancien ministre de l'Intérieur, François Esso Boko, qui avait dénoncé le processus électoral le 22 avril, est réfugié dans les locaux de l'enceinte diplomatique.


La France a «fermement» condamné cette attaque contre le centre Goethe. «Nous demandons aux autorités togolaises et aux responsables politiques de faire toute la lumière sur cet acte inadmissible et de prendre toutes les mesures pour éviter le renouvellement de telles actions», a déclaré Jean-Baptiste Mattéi, porte-parole du Quai d'Orsay.






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