Médiation africaine samedi au Togo (AFP, Reuter - 30/04/05)


Médiation africaine samedi au Togo, où les autorités affichent leur fermeté (29/04/2005)

LOME (AFP)

Une médiation africaine se met lentement en place pour tenter de trouver une solution à la crise politique au Togo, où une délégation conjointe de l'UA et de la CEDEAO est attendue samedi, alors que les autorités maintiennent la pression sur l'opposition qui a annoncé une centaine de morts dans les violences depuis l'élection du 24 avril.

Une source diplomatique occidentale a indiqué à l'AFP qu'une "délégation au niveau ministériel" sera composée "de représentants du Niger, qui préside actuellement la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et du Nigeria qui préside l'UA (Union africaine)" est attendue samedi à Lomé pour tenter de trouver une issue à la crise togolaise.

"Le secrétaire exécutif de la CEDEAO, Mohammed Ibn Chambas, fera également le déplacement à Lomé pour cette mission de bons offices qui vise à trouver une issue à la crise", selon la même source.

L'avocat Yawovi Agboyibo, coordinateur de la coalition de l'opposition a affirmé qu'il n'y avait "pas d'objection" de la coalition à rencontrer l'Union africaine (UA) et que dans "l'immédiat, la médiation doit mettre en place un système d'arbitrage des contestations sur le scrutin afin de pacifier le pays". "Il faut faire la lumière sur la vérité du scrutin du 24 avril", a expliqué Me Agboyibo.

"La répression a entraîné entre les 24 et 29 avril une centaine de morts, et plus de 300 blessés", a affirmé au cours d'une conférence de presse Me Agboyibo, sans donner plus de précision. Il n'existe à ce jour aucun bilan de source indépendante.

Le Togo connaît de graves troubles depuis l'annonce mardi de la victoire de Faure Gnassingbé, candidat du Rassemblement du peuple Togolais (RPT, ancien parti unique, au pouvoir) avec 60,22% des voix à l'élection présidentielle du 24 avril.

Ces résultats provisoires, qui doivent être encore confirmés par la Cour constitutionnelle, sont violemment contestés par les partisans d'Emmanuel Bob Akitani, le candidat de la coalition de l'opposition. Celui-ci s'est autoproclamé vainqueur de l'élection mercredi avant d'en demander l'invalidation.

La CEDEAO a de son côté avalisé l'élection, estimant que les "anomalies et les incidents" enregistrés lors des opérations de vote ne remettaient pas en cause la "crédibilité" du scrutin. La CEDEAO a également jugé jeudi soir que "l'autoproclamation" du candidat Bob Akitani, avait été "faite en violation de la Constitution et des lois de la République".

A Lomé, où le sentiment anti-occidental semble cristalliser les frustrations des partisans du pouvoir, le centre culturel allemand, l'Institut Goethe, a été quasiment détruit dans la nuit de jeudi à vendredi. Selon son directeur, Herwig Kempf cette attaque est liée "à une situation tendue au Togo et un climat anti-allemand depuis quelques jours".

Depuis plusieurs jours, l'ambassade d'Allemagne - première ancienne puissance coloniale- est la cible des attaques du gouvernement qui l'accuse de soutenir l'opposition. L'ancien ministre de l'Intérieur, François Esso Boko, qui avait dénoncé le processus électoral 22 avril, est actuellement réfugié dans les locaux de l'ambassade.

Le ministère allemand des Affaires étrangères a indiqué avoir convoqué un représentant de l'ambassade du Togo à Berlin pour exiger du gouvernement togolais une enquête sur les circonstances de l'attaque.

Malgré ce nouvel incident, "fermement condamné" vendredi également par la France et la CEDEAO, l'activité était presque normale vendredi dans les rues de la capitale togolaise, qui restait quadrillée par les forces de l'ordre.

La quasi-totalité des barricades érigées par les émeutiers ont été détruites par les bulldozers de l'armée ou démantelées, en particulier dans les quartiers populaires de Bé et Dékon, fiefs de l'opposition et épicentres des violences provoquées par l'annonce mardi de la victoire de Faure Gnassingbé à la présidentielle. La situation était calme dans ces deux quartiers.

Outre les efforts de médiation africaine déployés à Lomé, le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, a décidé de se rendre vendredi soir à Abuja pour s'entretenir de la situation au Togo avec le président de l'UA, le président nigérian Olusegun Obasanjo.

La France "ne fera aucune ingérence" mais continuera, "en tant que pays européen", de soutenir la médiation africaine dans la crise togolaise, a déclaré vendredi le ministre français des Affaires étrangères Michel Barnier.

A Bruxelles, la présidence de l'Union européenne a pour sa part exprimé vendredi sa "grave préoccupation" sur la situation actuelle au Togo, tandis que les Etats-Unis ont condamné les appels de l'opposition à l'organisation de manifestations, et réclamé la formation d'un gouvernement d'union nationale.




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