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Mon fils, «délinquant supposé»... - 17/11/05
Mère d'un enfant adoptif tout ce qu'il y a plus noir (originaire du Togo, pays où les tyrans se succèdent «démocratiquement» de père en fils sous le regard bienveillant, si ce n'est complice, de l'Etat français), je ne peux que témoigner du traitement réservé à un jeune «non-blanc» en France.
Mariée, vivant à Paris, docteur en science de l'information et directrice dans une agence de publicité, je n'ai de ma vie jamais subi le moindre contrôle d'identité, alors que mon fils, mon «délinquant supposé» de fils, que d'avanies n'a-t-il supportées... Il faut dire que mon fils est un sacré délinquant : 25 ans, vivant en concubinage, un enfant, éducateur pour enfants, entraîneur (diplômé d'Etat) dans un club. Il ne vit pas en cité, gagne honorablement et plutôt correctement sa vie... et pourtant.
La liste est longue : fouille au corps dans le métro, à la sortie des magasins, contrôles routiers systématiques... En dix vies, je n'en subirais pas autant. Des exemples ? Contrôle routier : «PV pour pneus lisses». Protestation de mon fils qui vient de faire changer ses quatre pneus. «Rien à cirer.» Présentation de la facture quelques jours plus tard devant le procureur, qui classe l'histoire sans suite, mais sans la moindre excuse. La dernière en date ? Version SNCF, cette fois : mon fils prend un billet pour venir nous voir à Paris, avec un tarif carte jeune. Contrôle du billet : il présente sa carte et son billet . Refus du contrôleur, qui prétend que la carte jeune est falsifiée et exige la présentation d'une pièce d'identité. A l'arrivée gare de Lyon, quatre policiers, dont un avec fusil-mitrailleur, pour accueillir fiston... Et mon mari venu en renfort. Mon fils indique au policier qu'il a refusé d'obtempérer en raison d'une attitude discriminatoire et de l'usage du tutoiement de la part du contrôleur. Mon mari demande qu'une plainte soit enregistrée à l'encontre de ce dernier : refus du poste de police de la gare de Lyon : «Pas que ça à faire.» A ce jour, le PV a atteint près de 400 euros. Tout cela parce que mon fils, qui voyageait avec un billet payé et une carte de réduction parfaitement valable, a refusé de courber une nouvelle fois l'échine face à l'impolitesse et au racisme.
Monique Wahlen, Paris
La France est-elle raciste?
Je ne suis pas idéaliste, le monde n'est pas parfait, la France non plus. Par contre, il est inadmissible au sein d'une même République, qui se veut juste et évoluée, qu'une partie de ses «enfants» (sic) de couleur soit rejetée pour des considérations d'ordre ethnique et culturel. C'est la régression des valeurs humaines universelles au sens strict du terme. Toute République moderne devait être un rempart contre ce genre de dérapage. La République est faite par et pour le citoyen avec pour postulat, le respect des devoirs et des droits. L'idée est juste que tout un chacun puisse se regarder dans un miroir, et faire le point avec lui-même. Je peux comprendre qu'on refuse d'embaucher quelqu'un pour des raisons économiques, mais je ne comprends pas qu'on puisse refuser de donner du travail à qui peut légitimement y prétendre et souhaite vivre dignement. Oserions-nous poser la question clairement ? La France est-elle raciste ? La réponse est en chacun de nous. Hanafi Derfoul
Quand la bulle explose
Au-delà des problèmes spécifiques des banlieues et des provocations sarkoziennes, nous vivons dans une société chaque jour plus réglementée, où l'espace de liberté se rétrécit comme peau de chagrin. Papiers, capotes, contrôles d'identité, caméras, Internet surveillé et puces de téléphones portables pistées, tout contribue à resserrer, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, la camisole de force qui nous emprisonne. Ajoutez à cela la provocation permanente des industries créatrices de besoins : publicité, mode, derniers modèles, design, look, marques, souvent sources de frustration par manque de revenus correspondants.
Sans parler des radiations du chômage, des suppressions
de RMI, tout cela dans un contexte de «manque de travail» structurel où il n'y a de toute façon pas de place pour tout
le monde et ce, pour au moins quelques années. S'il ne s'agit pas d'une violence extrême à l'égard de l'individu ! On s'étonnera ensuite que la violence réponde à la violence.
Il manque quantité de sièges dans notre jeu de chaises musicales. Démographie, économie, consommation... pauvreté, injustice : aucune bulle ne peut croître à jamais
sans exploser.
Joe Sacco
La double peine et Tron
J'ai croisé aujourd'hui un garçon dont le pathétique métier est de faire boire la tasse à ceux qui coulent déjà : Georges Tron, député, maire de Draveil (Essonne). Il vient de supprimer dans sa commune les aides municipales aux familles des personnes condamnées pour cause des violences urbaines. Je n'oublierai jamais ce grand type avec ses belles chaussures cirées et son confortable costume gris qui privera demain de cantine et d'un repas pris en commun avec leurs camarades des enfants, des petits frères, des petites soeurs,
qui n'ont rien fait, cet homme qui punit les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui comptaient sur ces aides pour survivre. D'un coup de crayon, par vengeance, par calcul politique, par mesure de rétorsion, ce type produit de la misère et alimente la haine. Villepin, à ses dires, était d'accord ou a laissé faire.
Je me souviens de cette antique et barbare façon de gouverner par la terreur où on torture et où on tue les familles et les proches des coupables. Voilà la double peine en action, déjà appliquée à d'autres. Je propose de rebaptiser ce représentant du peuple Georges Etron pour qu'il porte enfin le nom du parfum qu'il dégage.
F. Overmars, Paris
L'urgence d'un état des lieux
Couvre-feu, état d'urgence, mitraillette au poing contre cocktails Molotov, voitures brûlées et déclarations blessantes : non, on n'est pas aux Etats-Unis au début des années 60, au Chili en 1973, dans la Chine de la fin des années 80... On n'est pas dans la France de1936, ou de 1945, ni même en 1968. Et pourtant. Comme tout cela se ressemble : un pouvoir loin des préoccupations de ceux qui souffrent, une majorité silencieuse apeurée ou endormie dans un train-train prétendument confortable, des partis politiques dits d'opposition qui ont choisi de caresser dans le sens du poil leur électorat potentiel.
En guise de victimes, des militants, des étudiants, des ouvriers. Non, ce ne sont pas les bonnes cibles !
Mais prenons un instant pour aller voir quelle place la République française laisse à ces jeunes révoltés.
«Qu'ils travaillent !», nous diront de nombreux citoyens bien installés dans leur fauteuil. Où? Dans les associations de quartier ?
Non, ce n'est pas facile pour un jeune de s'appeler Nordine ou Khadija.
J'entends un peu partout que l'on a «trop longtemps privilégié la compréhension à la punition». On croit rêver. Qu'espèrent laisser comme trace les Chirac, Sarkozy, Hollande ou autres Bayrou : la France en état d'urgence contre des jeunes des banlieues ?
Une éducation familiale remplacée par le Maillon faible et la Nouvelle Star, une Education nationale laminée par les coupes budgétaires, des nouveaux plans d'éducation tous les ans, un apprentissage du goût qui passe désormais par Coca-Cola et McDo.
De Gaulle et Mitterrand, doivent se retourner dans leurs tombes ! Il est temps de faire un point surl'égalité des chances à l'école, d'évaluer les différences de traitement face à l'embauche, au lieu de décréter l'état d'urgence, décréter en urgence un état des lieux global.
- liberation -
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