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  • La dépigmentation, un fait de société en Afrique subsaharienne - 29/12/05
    La dépigmentation, un fait de société en Afrique subsaharienne
    Ayélé a vingt deux ans. C’est une fille de teint clair dont l’apparence attire les regards et les convoitises. Beaucoup d’hommes donneraient cher pour lui conter fleurette. Dans son entourage, on se plaît à raconter que l’éclat de sa peau « fait ombrage aux lueurs du soleil ». Curieusement, Ayélé n’est pas claire de naissance. Son teint originel est plutôt noir d’ébène. Comment alors la métamorphose a-t-elle pu se produire ? La réponse est simple : elle s’est éclaircie la peau, mieux elle s’est dépigmentée.
    La pratique de la dépigmentation est un fait de société en vogue dans les grandes agglomérations urbaines en Afrique. C’est un phénomène qui touche plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne dans leurs confins les plus reculés. C’est une pratique qui porte atteinte à l’identité de la race noire, à la fois dans ce qu’elle a de plus beau et dans sa représentation avec le monde extérieur. Cette peau d’ébène qui, à Cotonou comme à Lomé, à Accra comme à Abidjan, à Dakar comme à Ségou, à Abuja comme à Dosso, à Libreville comme à Kinshasa, fait le charme de la femme africaine subit malheureusement les folles attaques des femmes en mal de séduction.
    © réseau JADE
    La pratique se remarque beaucoup plus chez les femmes de la couche juvénile dans toutes les catégories socio-professionnelles. Six femmes sur dix utilisent les produits éclaircissants pour la peau. Certaines femmes instruites ou dites évoluées s’adonnent également avec discrétion à cette pratique avec des produits dont la composition est relativement moins dangereuse.
    Les raisons fondamentales de ce phénomène sont liées au complexe qu’ont ces femmes de mettre en beauté leur valeur, de focaliser l’attention sur leur personne et surtout de plaire aux hommes. Pour y parvenir, tous les produits détenant des vertus pouvant leur permettre de dissimuler les imperfections du visage et du corps et d’éclaircir la peau sont les bienvenus. Plusieurs de ces femmes se sentent encouragées dans cette entreprise par des hommes qui préfèrent les femmes claires aux belles noires. Dans les foyers polygames, des femmes rivalisent par cette pratique avec leurs coépouses pour être toujours dans les bonnes grâces de leur mari, pour être mieux écoutées et sollicitées.
    A qui profite le crime ? Les principaux circuits d’approvisionnement de ces produits dangereux normalement interdits sur le marché sont gérés par les hommes d’affaires, les commerçantes, et aussi par certains pharmaciens locaux peu scrupuleux qui, au demeurant, sont avertis des risques qui y sont liés. Le Nigeria, la Côte d’Ivoire, les Etats Unis, certains pays européens et asiatiques constituent les gros fournisseurs de ces produits sur le marché. C’est un commerce rentable et ce sont les revendeuses de nos grands marchés qui l’assurent.
    Socialement, ces femmes, accidentellement claires, font l’objet de critiques très acerbes de la part de leurs concitoyens compte tenu du fait que la pratique les dépersonnalise, c’est un fait considéré également comme une atteinte aux bonnes mœurs. Aussi, ces femmes sont-elles la risée des populations qui les trouvent impures à cause des odeurs nauséabondes qu’elles dégagent.
    Au Bénin, ces femmes qui pensent avoir trouvé le moyen de se transformer ou de se muer en blanches sont désignées par des appellations moqueuses telles que « fanta-Coca-Cola », « yovo dantokpa1 », « café au lait», etc.
    Sur le plan économique et financier, les femmes payent un lourd tribut car pour bien réussir l’opération et maintenir le teint pendant longtemps, il leur faut dégager un budget relativement consistant d’autant que les différentes applications des produits doivent s’étaler sur une longue durée pour produire l’effet escompté. Cette situation érode considérablement le revenu des ménages, car les ressources ne suffisent pas toujours pour répondre à la fois aux charges du ménage et à l’acquisition de ces produits.
    Au plan sanitaire, l’usage des produits éclaircissants qui contiennent pour la plupart du mercure et/ou de l’hydroquinone fait courir des risques énormes à ces femmes à court, moyen et long terme. En effet, le mercure au contact de la chaleur provoque des ulcérations de la peau et des souffrances insupportables. Aussi la désagrégation de la mélanine (pigment brun qui colore la peau de l’homme noir) rend-elle difficile la cicatrisation des plaies. Soulignons également que cette pratique peut entraîner au bout d’une certaine période l’apparition précoce de rides chez les femmes, dont les visages deviennent ratatinés, et même le cancer de la peau.
    Plusieurs des femmes qui s’adonnent à cette pratique ignorent très souvent les conséquences néfastes que ne manquent d’avoir ces produits sur leur santé. Il urge donc d’initier des campagnes d’information, d’éducation et de communication à leur intention afin qu’elles se ressaisissent pour un changement de comportement bénéfique pour elles et leur famille. Les Ong intervenant dans le domaine des questions de populations sont donc interpellées.
    © réseau JADE
    Aussi les états devront-ils jouer leur rôle en interdisant le déversement sur leur territoire et la vente de ces produits fabriqués par les grosses firmes étrangères qui considèrent l’Afrique comme un dépotoir qui peut recevoir tous les produits prohibés du monde et ceci au mépris de la santé des populations africaines.
    Mais, ironie du sort ! Lorsqu’on se rend compte que des Européens se plaignent d’être trop blancs et viennent en Afrique rien que pour prendre des bains de soleil, histoire de se bronzer le teint, on se demande bien ce qui pousse les femmes noires à vouloir paraître blanches.
    La peau noire mérite donc d’être préservée et valorisée à travers l’organisation par exemple de concours « Miss peau d’ébène » afin que chaque femme africaine se sente à l’aise dans sa peau.
    Enfin, nous exhortons les femmes africaines, en particulier les jeunes filles et aussi les hommes à partager ce sentiment de fierté qu’exprime si admirablement ce célèbre écrivain africain qui s’écrie: « Oh, Je te remercie mon Dieu de m’avoir créé noir ».
    1 Yovo Dantokpa : blanche du marché Dantokpa




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