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  • TOGO : A Tuandi, les femmes subissent encore le lévirat - 09/01/06

    TOGO - Mère de trois enfants, Yendoubé a perdu son mari l'an dernier. La jeune veuve togolaise a été contraite d'épouser le grand frère de son défunt comme l'impose le lévirat, une tradition qui a la vie dure mais que certains tentent aujourd'hui de combattre.

    Aujourd'hui enceinte de cinq mois, Yendoubé vend du maïs au marché de Tuandi, un village frontalier du Burkina-Faso situé à 700 km au nord de Lomé.

    "Ma belle-famille m’a imposée le grand frère de mon mari, après son décès dans un accident de la circulation. Je ne pouvais pas refuser, parce que c’est une pratique courante chez nous", raconte la jeune femme.

    A Tuandi et dans les villages aux alentours, elle n'est pas la seule à subir le lévirat, une tradition que n'interdit aucun texte de loi au Togo et qui oblige la veuve à épouser un frère ou un proche parent de son mari défunt .

    "Il faut être à notre place pour savoir ce que nous subissons à travers cette pratique. Je souhaiterais qu’elle soit bannie pour permettre à la femme de s’épanouir vraiment après la mort de son mari", se lamente Rabiatou qui pour sa part vit depuis quatre ans avec l’oncle de son défunt époux.

    Mariam, 42 ans, la sage-femme du village dont la propre fille a été récemment contrainte au lévirat, envisage de créer une association pour lutter contre cette "pratique honteuse".

    Pikabey, un notable de Tuandi estime au contraire que le lévirat permet à la femme et aux enfants du défunt de bénéficier d’une "protection et d’une assistance particulière de toute la collectivité".

    "Au lieu de laisser la femme et les enfants dans la nature, un proche du défunt s’occupe d’eux, demeurant ainsi toujours membres de la famille. Si nous ne respectons pas la tradition, le défunt ne sera pas content de voir sa femme se livrer à certaines pratiques, telle que la prostitution", affirme Pikabey.

    "C'est d’ailleurs le mari décédé qui choisit lui-même celui qui doit épouser sa femme!", affirme le "chamba" (notable en langue gourmantché): "lors d’une grande cérémonie, on fait appel à son âme et il parle. Seuls ceux qui sont initiés arrivent à l’entendre", .

    "Il existe plusieurs régions où se pratique aujourd’hui le lévirat. Outre les femmes du nord, celles de quelques localités du centre et du sud le subissent encore", affirme Cyrille Ekoué, coordonnateur du Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D), une organisation de promotion des droits des femmes basée à Lomé.

    "Nous mettons surtout l’accent sur des campagnes de sensibilisation", pour tenter de l'enrayer, ajoute-t-il.

    Evariste, un enseignant en droit, se veut plus pragmatique: "nous devons reconnaître une partie de nos traditions. Encadrons-les car qu’on le veuille ou non, certaines d’entre elles ne vont jamais disparaître et le nouveau code des personnes doit en tenir compte", dit-il.

    Un avant-projet du code de la famille envisageant l'abolition du lévirat, est à l’étude depuis quelques mois par un comité interministériel.
    afp


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