Kodjoviakopé et Nyékonakpoé de Lomé pour GHANA


Il aura fallu près de 45 ans au Togo et au Ghana pour mettre fin au différend territorial qui les opposaient sur les quartiers de Kodjoviakopé et Nyékonakpoé à Lomé. D’ici le 30 juillet 2005, ces secteurs qui font partie de la capitale togolaise, Lomé, reviendront au Ghana. La frontière située actuellement à Aflao, à quelques centaines de mètres de là, sera donc modifiée pour être installée sur le boulevard du Mono en bord de mer à proximité de l’hôtel Palm Beach et juste face au vieux Wharf. L’accord a été signé vendredi à Nice (France) entre les ministres ghanéens et togolais des Affaires étrangères. Lomé se retrouve ainsi amputée de deux quartiers importants. Mais la restitution acceptée par les autorités togolaises donnera lieu à des compensations financières qui restent à établir par le comité chargé de cette question aux Nations Unies. Cette partie de la capitale, toute proche du grand marché et des ministères constituait le poumon économique de la capitale. Cette décision ne sera pas simple à appliquer. Les ambassades de Libye et d’Allemagne au Togo situées dans ce périmètre se retrouveront d’ici trois mois … au Ghana. Il va falloir déménager et trouver de nouveaux locaux. « C’est un vrai problème mais nous devons nous plier aux décisions internationales », explique un diplomate allemand. Idem pour certaines administrations. La France a trouvé une solution temporaire. Une passerelle privée sera aménagée depuis la rue du Commerce (côté togolais) jusqu’aux locaux de la représentation diplomatique (côté ghanéen) permettant ainsi au personnel de se rendre à pied au travail sans avoir à franchir chaque jour la frontière. La solution d’un tunnel ou d’un télésiège avait été envisagé, trop coûteux.

COURS D’ANGLAIS INTENSIFS

L’hôtel Ibis-Lomé Centre, rénové à grand frais il y a un an, va lui aussi se retrouver au Ghana sous peu. Mais dans ce cas, les choses sont réglées. L’administration ghanéenne utilisera le bâtiment pour y loger ses douaniers. Reste la population qui habite dans ces quartiers. Quel avenir pour ces milliers de Togolais qui ne s’attendaient sûrement pas un jour à vivre au Ghana. Accra affirme avoir pris les dispositions nécessaires. Les habitants pourront continuer à y vivre et à y travailler à condition de solliciter un permis de séjour. Au bout de cinq ans ils auront la possibilité de demander la nationalité ghanéenne ou de conserver la togolaise. « Il faudra un peu d’entraînement pour s’habituer », souligne un responsable du ministère ghanéen des Affaires étrangères. Le gouvernement ghanéen installera dans ces quartiers des centres d’apprentissage accélérés d’anglais afin que la population maîtrise la langue « dans un délai maximum de 45 jours », précise-t-on à Accra. Le règlement de ce vieux contentieux a été salué par l’ONU et par l’Union africaine. Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan a fait part vendredi de son « soulagement » et espéré que la rétrocession au Ghana des quartiers de Kodjoviakopé et Nyékonakpoé constitue un « nouveau départ pour l’intégration régionale ». JACKPOT
Le contentieux Togo-Ghana sur ce secteur de Lomé remonte aux années de l’indépendance. A l’époque, un géologue bulgare découvre d’importantes réserves de pétrole dans ces quartiers populaires. Il suffit de creuser à 50cm pour voir jaillir l’or noir. Le jackpot se disent les Togolais. Mais à Accra, pas question de laisser filer une telle opportunité. Alors comment convaincre les Français, qui administrent le Togo, que ce bout de territoire n’est pas togolais mais bien ghanéen. A Accra, on découvre « par hasard » un vieux titre foncier datant de 1702 et certifiant que Kodjoviakopé et Nyékonakpoé sont la propriété d’un roi ghanéen. Vrai document ou faux grossier ? On ne le saura sans doute jamais car le roi ne répond plus au téléphone depuis bien longtemps. Il aura tout de même fallu 45 ans pour que le Ghana obtienne satisfaction. Mais pour le Togo, il était indispensable de parvenir à un accord « équilibré ». D’où d’interminables négociations. Grâce à cet accord, l’exploitation pétrolière va pouvoir démarrer dans cette partie de la ville avec à la clé un partage des revenus. Ce sont les compagnies Chevron (USA) et PétroMonaco (Monaco) qui ont obtenu les concessions d’exploitation. Autre bénéfice direct pour le Togo, le pétrole sera exporté depuis le port de Lomé. Les rumeurs de rétrocession qui circulaient à Lomé depuis quelques semaines ont eu pour conséquence de faire flamber le prix de l’immobilier. Dans le secteur concerné, la hausse constatée est de 25%... en trois semaines. Ce que confirme l’ « Agence du centre » spécialisée dans les transactions entre particuliers. « La perspective de se retrouver au Ghana et d’être assis sur un puit de pétrole a provoqué une réaction immédiate des propriétaires », confie Kossi Aghbi, le responsable de l’agence. « Songez plutôt. Si vous avez une maison à Nyékonakpoé, peut-être que sous votre jardin ou sous votre salon dorment d’énormes quantités de pétrole », conclut M. Aghbi qui a de faux airs de « JR » dans la série culte « Dallas ».
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